Chávez: succès historique sans histoire
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VENEZUELA Un nombre record de Vénézuéliens se sont rendus aux urnes. Hugo Chávez, qui peut entamer un quatrième mandat, et son adversaire, qui fait un score honorable, sortent renforcés.
La nuit de dimanche à lundi a été longue au Venezuela. Dès avant l’annonce du facile succès d’Hugo Chávez et jusqu’au petit matin, des centaines de milliers de partisans du président ont envahi les rues aux cris de «Uh! Ah! Chávez no se va» (Chávez ne s’en va pas). Vers minuit, le Conseil national électoral déclarait vainqueur le candidat socialiste par 54,84 % des voix contre 44,55 % à son adversaire de droite Henrique Capriles. Une victoire sans l’ombre d’un doute, puisque 1,5 million de votes séparent les deux hommes, et que le président l’emporte dans 23 des 24 Etats du pays (seul le Tachira lui a échappé). La participation aura été historique, 14,6 millions de citoyens (80,85 %) ayant exercé leur droit de vote.
S’exprimant au balcon du palais présidentiel de Miraflores, M. Chavez s’est engagé à être un «meilleur président» lors de son prochain mandat, de 2013 et 2019, et assuré que le pays «poursuivra sa transition vers le socialisme démocratique du XXIe siècle». «Aujourd’hui commence un nouveau cycle de gouvernement (...) dans lequel nous serons obligés chaque jour d’être meilleurs, de répondre avec plus d’efficacité aux nécessités de notre peuple (...) Je m’engage devant vous à un être meilleur président que je ne l’ai été ces dernières années», a promis le chef de l’Etat, vêtu d’une chemise rouge. Des références aux problèmes de l’insécurité et de la corruption qui ternissent son bilan même auprès de ses partisans.
«Un pas vers la paix»
M. Chavez, qui s’exprimait entouré de ministres et de ses proches, a aussi formulé un appel à l’«unité nationale» à destination de l’opposition. Il a exprimé sa «reconnaissance» à tous les Vénézuéliens dont la voix s’est portée sur M. Capriles, qui a réuni 6,3 millions de suffrages, contre 7,8 au président réélu. «Notre reconnaissance (se dirige aussi) vers le candidat de droite et ses équipes de campagne. Ils viennent d’annoncer qu’ils reconnaissent la victoire bolivarienne, c’est un pas très important pour la construction de la paix au Venezuela, pour la cohabitation de tous», a poursuivi le président, âgé de 58 ans.
Son jeune opposant avait préparé le terrain dès dimanche matin, déclarant devant l’urne, que «pour gagner, il faut savoir perdre». Malgré les tentatives de certains médias de faire croire à un scrutin serré et d’alléguer de prétendus «incidents» électoraux, la journée s’est déroulée dans le calme et la transparence (lire ci-dessous).
Perdant renforcé
Satisfait d’avoir franchi pour la première fois les 6 millions de votes, le chef de l’opposition a rapidement tourné son regard vers l’avenir. «J’espère que le mouvement politique au pouvoir depuis quatorze ans réalise que près de la moitié du pays n’est pas d’accord avec lui», a-t-il dit. Le gouverneur de l’Etat de Miranda, s’il a perdu d’extrême justesse chez lui, semble s’être imposé comme leader incontestable d’une coalition anti-Chávez pour le moins hétéroclite. La Table de l’unité démocratique va désormais se préparer aux élections régionales de décembre où elle tentera d’accroître son influence au niveau local.
Du côté du Parti socialiste, la crainte est désormais que la santé d’Hugo Chávez l’empêche de mener à bien son quatrième mandat qui débutera le 10 janvier 2013. Entre la mi-2011 et la mi-2012, le leader bolivarien a subi trois opérations pour deux tumeurs cancéreuses, ainsi qu’une chimiothérapie. Il n’en a pas moins réalisé une campagne énergique et su rassembler un nombre record de partisans.
Avec l’ats
Un système de vote «blindé»
Peu d’élections sont autant observées que les scrutins vénézuéliens. Une délégation suisse était présente ce week-end au Venezuela. Elle a tiré un bilan très réjouissant de l’état de la démocratie dans ce pays pourtant extrêmement polarisé. Témoignage de l’ancien diplomate Walter Suter, qui fut ambassadeur de la Confédération à Caracas de 2003 à 2007.
En tant que bon connaisseur du Venezuela, qu’est-ce qui vous a le plus surpris ou frappé durant cette élection?
Walter Suter: J’ai assisté à plusieurs élections au Venezuela depuis 2003: avec des missions d’observation envoyées par l’Union européenne en 2005 et 2006 et maintenant comme accompagnant. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est le développement progressif du vote automatisé. Aujourd’hui, tous les bureaux de vote en sont équipés et utilisent ce système technologiquement sophistiqué. Les délégations d’accompagnement électoral en provenance du monde entier ont pu voir son fonctionnement. Ce système est totalement blindé et exclut toute éventualité de fraude. Malgré la polarisation de la récente campagne électorale, cet instrument est devenu un facteur déterminant pour canaliser les conflits éventuels dans un cadre pacifique et non-violent, renforçant ainsi la pratique démocratique au Venezuela.
C’est la garantie d’un vote secret, fiable et sûr qui aurait permis d’éviter les violences?
Exactement. Le Conseil national électoral (CNE) dit lui-même avoir développé ce système dans ce but. C’est un élément très important après les diverses tentatives de coups d’Etat et de déstabilisation du système institutionnel qu’a connu le pays dans ces dernières années.
Il faut savoir que la constitution du Venezuela se base sur cinq pouvoirs, indépendants entre eux, dont le pouvoir électoral, qui est placé au même niveau que le pouvoir législatif ou le judiciaire. Ce niveau institutionnel élevé donne une fiabilité et une force particulière aux élections, qui deviennent réellement un facteur de paix pour le Venezuela.
Pour vous, le vote a donc été exempt de reproches.
J’ai assisté personnellement à plusieurs scrutins au Venezuela. Je suis totalement convaincu que le processus a été exempt de fraude.
Néanmoins, des médias – notamment en Europe – parlent toujours de Chávez comme d’un «dictateur»...
A mon avis, ces attaques sont intellectuellement malhonnêtes. Il n’y a pas de dictature au Venezuela, mais un système démocratique qui a connu plus d’une dizaine d’élections durant la dernière décennie. Parler de dictature est ridicule. Il se peut que le président Chavez ait une manière particulière de comprendre et de faire de la politique, avec certains traits autoritaires. Mais ce n’est pas un dictateur. Il agit dans le cadre de la Constitution et des lois. Pour mémoire, il a gagné la grande majorité des scrutins ces dernières années. Mais quand il a perdu un scrutin en 2007 – la réforme constitutionnelle –, bien qu’avec une très légère différence de voix, il a immédiatement reconnu le soir même le résultat des urnes.
La Suisse a contribué à cette réussite du système électoral vénézuélien...
Le Conseil national électoral a mené des échanges avec la chancellerie fédérale suisse et avec l’Institut du fédéralisme à l’Université de Fribourg, sur le thème des élections. Ils voulaient connaître le modèle suisse de démocratie directe, participative, avec le référendum. Il y eut des échanges institutionnels entre juristes et conseillers. Je suis très content d’avoir pu contribuer à cette initiative. Je l’ai considéré quasiment comme une obligation morale de la Suisse, vu que nous sommes pratiquement, à ce niveau, l’unique référence mondiale. Il aurait été peu crédible de s’abstenir et ne pas coopérer avec les institutions vénézuéliennes pour aider à leur consolidation.
Propos recueillis à Caracas par Sergio Ferrari
Traduction: Hans-Peter Renk
«L’expérience la plus avancée que j’aie vue»
Observateur chevronné des proces-sus électoraux du monde – du Congo, au Nigeria, en passant par la Bolivie –, l’eurodéputé espagnol Andrés Perelló Rodriguez qualifie le scrutin d’«expérience la plus avancée que j’aie vue». Il a été particulièrement surpris par l’appropriation de cet édifice institutionnel par la société vénézuélienne.
Comment évaluez-vous ce processus électoral?
Andrés Perelló Rodriguez: Je pense que ce système électoral est parvenu à créer la chose la plus importante: la confiance entre les acteurs politiques. Depuis plusieurs années, le Venezuela vit une confrontation profonde, de société, de classe, qui s’est traduit dans la politique et dans l’Etat. Avec l’existence de deux projets de nations contradictoires qui s’affrontent, cela suscite de fortes tensions. Dans ce cadre, le gouvernement et l’opposition ont trouvé sur le terrain et dans le système électoral, dans l’informatique, dans la cybernétique, un point commun de confiance. Ainsi, le Venezuela a réussi à promouvoir et à appliquer un système parmi les plus développés dans le monde entier. Pourquoi? Car l’Etat dispose des ressources nécessaires. Le Conseil national électoral emploie 5000 fonctionnaires. Un chiffre énorme, si on le compare à ceux des autres pays. Il est évident que ce système a été tout d’abord assumé par les partis politiques et leurs dirigeants et qu’il s’est étendu à l’ensemble des citoyens. Les gens ont confiance dans les élections, et même ils se sentent fiers du processus en cours.
Sans possibilité de fraude?
Il n’existe pas de possibilité de fraude, parce que l’électeur est identifié par son empreinte digitale électronique, qui est elle-même confirmée par la signature et l’empreinte figurant dans un acte écrit sur papier. Le vote électronique s’accompagne d’une confirmation, mise dans une urne. En cas de problème avec la machine et les résultats électroniques, on pourrait les comparer avec ces preuves, ce qui limite toute possibilité d’altération. D’autre part, les partis ont accès à toute l’information et suivent de près tout le processus, même dans les régions les plus reculées du pays.
Le scrutin a été vécu avec enthousiasme...
Comme j’ai pu le vérifier dans les bureaux de vote ce dimanche, l’enthousiasme du gouvernement est partagé par les assesseurs de l’opposition. Il serait inimaginable que l’opposition, après avoir souscrit à ce processus, n’en reconnaisse pas le résultat ou parle de fraude.
De toutes les expériences que j’ai observées, c’est la plus avancée et la plus admise, acceptée et reconnue par tous les acteurs nationaux. De tous les processus que j’ai vu, à mon avis c’est le plus positif.
Propos recueillis par SFi, à Caracas
Traduction: HPR





