Un amour imaginaire
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ÉTATS-UNIS • «ELLE S’APPELLE RUBY» DE JONATHAN DAYTON ET VALERIE FARIS
Rien de très original a priori au menu de la nouvelle comédie de Jonathan Dayton et Valerie Faris, de retour derrière la caméra six ans après leur sympathique Little Miss Sunshine: un jeune écrivain en panne d’inspiration depuis un premier roman acclamé et un personnage de fiction qui prend vie sous les yeux ébahis de son créateur. Relecture romantico-fantastique du mythe de Pygmalion, Elle s’appelle Ruby retrouve pourtant avec un certain bonheur la fantaisie d’Un Jour sans fin ou de Mes doubles, ma femme et moi (Multiplicity), réalisés dans les années 1990 par Harold Ramis.
Une réussite qu’on doit moins aux réalisateurs – dont le cinéma certifié Sundance n’a rien de très «indépendant» – qu’à un autre couple, celui que forment (à la ville et ici à l’écran) les comédiens Zoe Kazan et Paul Dano. Elle, aperçue dans Noces rebelles de Sam Mendes, n’est autre que la petite-fille du cinéaste Elia Kazan. Lui, déjà au générique de Little Miss Sunshine, a fait ses preuves face à Daniel Day-Lewis dans There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson.
Comme leur interprétation se nourrit de cette complicité intime, le scénario – signé par Zoe Kazan – bénéficie sans aucun doute d’une inspiration autobiographique. Et se risque surtout dans un registre plus grave qu’une bluette hollywoodienne aurait esquivé: l’intellectuel solitaire et immature fera l’expérience exhaustive de l’amour, de l’euphorie à la souffrance. La première partie du film, où le romancier démiurge découvre incrédule le pouvoir de son imagination, réserve de jolis moments de comédie. Mais à l’épreuve de la réalité, la relation idyllique qu’il entretient avec la fille de ses rêves ne tarde pas à se détériorer: on ne façonne pas impunément l’être aimé selon ses désirs. Si une telle métaphore des rapports de couple n’a certes rien de renversant, elle donne toutefois à ce feel good movie l’occasion de s’aventurer du côté obscur du cœur.





