Samedi, 25 mai 2013

Pourquoi le maire de Genève s’exprimera devant le Tribunal Russell

VENDREDI 05 OCTOBRE 2012

SOLIDARITÉ • La Ville de Genève a versé 50 000 francs pour financer la session du tribunal d’opinion sur la Palestine qui débute demain à New York. La présence de Rémy Pagani scandalise la droite.

Ce matin, Rémy Pagani, maire de Genève, a pris l’avion pour New York. Un voyage quelque peu contesté, dans la mesure où il s’agit pour le magistrat de s’exprimer demain devant le Tribunal Russell sur la Palestine.
Cette instance a été fondée en 1966 par les philosophes américain Bertrand Russell et français Jean-Paul Sartre. Dans sa formule originelle, ce tribunal d’opinion a rendu deux «jugements»: un sur les crimes de guerre commis au Vietnam et un sur le coup d’Etat de 1973 au Chili (avec des sessions portant plus largement sur l’Amérique latine).
En 2004, le principe du Tribunal Russell a été réactivé à propos de la guerre d’Irak. Enfin, depuis 2009, la nouvelle incarnation de cette cour se penche sur la Palestine. Trois sessions d’instruction ont déjà eu lieu. Des rencontres similaires à celle de New York se sont tenues à Barcelone, à Londres et au Cap. Une session finale aura lieu l’an prochain, probablement à Bruxelles ou à Paris.

Comité prestigieux
Le comité de parrainage du Tribunal Russell est prestigieux. On y trouve des noms comme Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations Unies, Noam Chomsky, Gisèle Halimi, Stéphane Hessel ou Jean Ziegler.
La venue du maire genevois à New York a scandalisé le député libéral Pierre Weiss, président de l’Association Suisse-Israël1 Et plus largement les partis de droite. Une critique double: ils estiment que la Ville n’a pas à se mêler d’affaires relevant de la Confédération. Et, en filigrane, apparaît le reproche d’un parti pris propalestinien du Tribunal Russell. Ce que réfute Tobia Schnebli, secrétaire du comité d’appui suisse au Tribunal Russell sur la Palestine: «Stéphane Hessel qui parraine l’opération est un ancien diplomate, pas un gauchiste, et il est très pointilleux sur cette question d’équilibre; il refuserait de cautionner une démarche qui ne garantirait pas les droits fondamentaux de tous les habitants de la région, y compris ceux des Israéliens.»

Subvention de la Ville
Au-delà de l’engagement du maire de Genève, il apparaît que cette session du Tribunal Russell, la quatrième, dispose en outre d’une subvention de la Ville de Genève. Le Conseil administratif a débloqué 50 000 francs pour contribuer au budget de la session de ce tribunal qui se monte à près de 1 million de francs.
Ce soutien s’inscrit dans la foulée de la mairie de 2009 du magistrat, qui avait fait de la défense des Conventions de Genève son fil conducteur (lire ci-contre). Le voyage de Rémy Pagani à New York fait suite à une invitation de participants à cette session du Tribunal Russell.

Débat annoncé
A gauche, personne ne s’offusque de ce voyage, au contraire. Alberto Velasco, chef de groupe de la fraction socialiste au Conseil municipal, estime au contraire qu’il s’inscrit clairement dans les prérogatives du maire. Mathias Buschbeck, son homologue vert, est lui aussi positif sur le fond – «c’est un non-sujet, le maire est parfaitement fondé dans sa démarche» –, même s’il estime que sur le forme il y a assez à faire à Genève et que, quitte à apparaître, «il aurait aimé Rémy Pagani davantage présent durant la campagne sur les rues piétonnes».
Au PDC, Jean-Charles Lathion est également serein et refuse la polémique. Le ton est plus musclé au PLR. Olivier Fiumelli, chef de groupe, annonce une résolution exigeant que le magistrat s’explique. Le texte sera déposé en urgence pour la prochaine session qui aura lieu mardi, probablement déposé au nom de l’Entente, voire plus largement.
Relevons que la nouvelle d’un financement municipal de cette session prend de court nos interlocuteurs. Personne ne semble avoir été au courant du vote du Conseil administratif. En l’occurrence, celui-ci est seul compétent pour distribuer ce genre d’aides ponctuelles dans le cadre de sa délégation Genève ville solidaire, composée, outre de Rémy Pagani, des magistrates Esther Alder et Sandrine Salerno. I

  • 1. La Tribune de Genève du 26 septembre.
 

Trois questions à Rémy Pagani

Le maire de Genève est parti ce matin à New York. Il s’exprimera demain devant le Tribunal Russell sur la Palestine.

Pourquoi ce voyage à New York?
- Le Tribunal Russell est une initiative qui m’avait marqué dans ma jeunesse.
A l’époque, il s’agissait de dénoncer les crimes de la guerre du Vietnam. Très concrètement, l’aide que la Ville de Genève apporte à cette session fait suite à une demande déposée par Stéphane Hessel, l’auteur d’Indignez-vous. Il est président d’honneur de cet événement. Le vote de cette somme a été unanime. Pierre Maudet était encore conseiller administratif et il a voté comme les autres.

Qu’allez-vous déclarer à cette tribune?
- Je vais défendre les Conventions de Genève. Je me suis rendu dans plusieurs régions en guerre comme le Nord-Kivu ou la République démocratique du Congo. On mesure alors le poids qu’ont ces conventions pour des populations livrées à la violence. Le respect des Conventions de Genève dans les territoires palestiniens occupés est plus que problématique. A plusieurs titres, qu’il s’agisse des opérations de colonisation, de la destruction des maisons, du mur de séparation ou encore de certaines pratiques d’interrogatoire «musclées».

On prétend que vous auriez forcé la main de vos collègues.
- C’est faux. Le crédit de 50 000 francs a été validé par le Conseil administratif. De même, mon déplacement à New York a bien été considéré comme relevant de ma fonction de maire et imputé sur cette ligne de crédit. Si mes collègues avaient estimé que cela posait problème, ils avaient toute latitude pour décider qu’il devait être pris sur mon département. Ppropos recueillis par pBh

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