Le troublant sourire de Diam’s
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CHRONIQUE
Tollé ou admiration, l’entretien de Diam’s voilée, diffusé dimanche dernier par TF1, n’a pas laissé indifférent. Après trois ans de silence, une dépression et une conversion à l’islam rendues publiques malgré elle, la rappeuse aux millions d’albums vendus est réapparue dans un appareil tout sauf simple. Compliqué, même, dans le contexte français actuel: on se souvient de la polémique autour de la candidate voilée du NPA, de Jean-François Copé – successeur potentiel de Sarkozy à la tête de l’UMP – prônant l’interdiction du voile, et de Marine Le Pen lui emboîtant le pas en souhaitant inclure la kippa (mais pas le crucifix, cela va de soi). Avec en toile de fond l’affaire Merah, le film islamophobe L’Innocence des musulmans et les caricatures de Charlie Hebdo.
Diam’s – Mélanie Georgiades de son vrai nom, née il y a trente-deux ans à Chypre – semble bien loin de cette agitation. Son sourire épanoui décontenance, annihile tout velléité de jugement. Comment fustiger une jeune femme passée par les pires turpitudes de la célébrité (grosse tête, doutes, solitude) et qui affiche son bonheur, rangée du bling-bling. Fini le rap. Du basket-survêt au hijab, Diam’s dit n’avoir plus de colère à exprimer. Et se contenter d’être une bonne mère et une bonne épouse. Soit. On est en droit de penser que l’artiste, qui n’était pas exactement le prototype de la minette «über-sexuelle» décérébrée, incarnait aux yeux de son jeune public un modèle de femme forte, osant prendre le micro dans un milieu passablement macho, avec une réussite éclatante (indépendamment du goût qu’on avait ou non pour ses chansons).
C’est lorsqu’elle évoque le port du voile qu’on mesure le gouffre entre la Diam’s d’hier et celle d’aujourd’hui. Elle dit l’avoir adopté par «discrétion» et «pudeur». Par rapport à quoi? Au regard des hommes, faut-il deviner. Un problème masculin, donc, dont la solution incombe aux femmes. A la «victime» d’assumer le fardeau de la prévention. Diam’s sourit, épanouie. Son sourire est au moins aussi insondable que celui de la Joconde. Troublante plénitude de la servitude volontaire.
* Journaliste au Courrier.





