Mercredi, 19 juin 2013

A Genève, les étudiants étrangers devront limiter les petits boulots

JEUDI 04 OCTOBRE 2012

DROIT FÉDÉRAL • Au lieu de vingt heures hebdomadaires, les étudiants titulaires d’un permis B n’ont plus droit qu’à quinze heures de travail par semaine pour subvenir à leurs besoins.
 

Coup dur pour les étudiants étrangers de Genève. Au lieu de vingt heures hebdomadaires, ces titulaires d’un permis B n’ont plus droit qu’à quinze heures de travail par semaine pour subvenir à leurs besoins. En août, le canton a cédé aux pressions de Berne lui demandant pour la dernière fois de s’aligner sur le droit fédéral. En colère, les étudiants réfléchissent à des moyens de contestation.
«C’est un coup sévère pour nous. Avec la limite des 20h, on a déjà de la peine à payer toutes nos factures», témoigne un étudiant sénégalais qui préfère ne pas divulguer son nom. Inscrit à la faculté des Lettres, il vit au gré de petits boulots et regrette que «cette mesure limite encore davantage nos chances d’obtenir un emploi stable, déjà qu’il n’est pas facile de trouver un employeur qui accepte un contrat à moins de 25h hebdomadaires.»

Etudiants mobilisés
Réunis lors d’une assemblée mardi soir, plusieurs titulaires du permis B et étudiants suisses solidaires ont témoigné leur inquiétude lors d’une réunion convoquée par la Conférence universitaire des associations d’étudiants (CUAE). «Un collectif informel s’est dit prêt à passer à l’action. Parmi les idées: l’organisation d’une manifestation ou la publication d’un recueil de témoignages», informe la CUAE. Le syndicat dénonce  une mesure discriminatoire et «une nouvelle attaque contre le revenu des étudiants dans un contexte national d’augmentation des taxes universitaires».
Genève compte 4873 détenteurs du permis étudiant. Une partie de ces derniers jouissaient jusqu’à aujourd’hui d’une «tolérance cantonale sur laquelle Berne a fermé les yeux pendant un moment», explique Bernard Gut, directeur de l’Office cantonal de la population (OCP). Mais cet été, l’Office fédéral des migrations a accentué la pression sur Genève pour qu’il aligne sa pratique sur le droit fédéral.
D’après la CUAE, des centaines de personnes seront jetées dans une précarité forcée. L’OCP affirme en revanche que la mesure ne s’appliquera qu’aux nouveaux contrats. «Aucune situation actuelle ne sera modifiée», jure Bernard Gut. Le cadre reconnaît que «la décision a été communiquée de manière abrupte». Mais si Genève a décidé de s’aligner, c’est que «la situation du marché de l’emploi a changé, nous devons veiller à une équité de traitement en matière d’accès au travail.»

Mesure discriminatoire?
Or ces étudiants travaillent souvent de nuit dans des secteurs peu convoités – manutention, aéroport, hotellerie/restauration, etc. –, objecte Jeannine Steiner, responsable des offres à Uni-emploi. «Nous avons dû changer notre site internet du jour au lendemain et répondre aux réactions incrédules de certains employeurs.» D’après elle, la mesure n’aura d’autre effet que de «limiter à terme le genre d’étudiants qui viendront dans ce pays».
Le rectorat relativise. «Quinze à vingt heures de travail par semaine représentent une lourde charge qui peut nuire à la réussite des études. Depuis l’entrée de la réforme de Bologne, on a observé une diminution naturelle du taux d’étudiants exerçant une activité rémunérée. Cette baisse n’a pas généré d’effets significatifs sur les conditions de vie des étudiants», souligne la vice-rectrice Margareta Baddeley.  Si certains devaient rester en rade, «le système de bourses leur permet d’obtenir une aide». I

 
Le Courrier
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