A cran, le PS prive un député de sa liberté de parole
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VOTATION • Christian Dandrès est rappelé à l’ordre après la prise de position des juristes de l’Asloca contre le projet de Constitution.
Au sein de la gauche, la nervosité s’accroît entre opposants et partisans du projet de nouvelle Constitution, à l’approche de la votation du 14 octobre. Ainsi, la prise de position des juristes de l’Asloca contre le texte (lire notre édition du week-end) a suscité des réactions courroucées, tant au Parti socialiste qu’au sein de l’association de défense des locataires. Pour mémoire, le PS soutient la nouvelle Constitution, tandis que l’assemblée des délégués de l’Asloca, forte d’une quinzaine de personnes, a décidé en juillet dernier de laisser la liberté de vote à ses membres.
Christian Dandrès, à la fois juriste de l’Asloca et député socialiste, en fait aujourd’hui les frais. Que sa prise de position publique contredise celle de son parti lui a valu de s’attirer les foudres de quelques-uns de ses collègues, en particulier les constituants socialistes.
«En pleine campagne, un député doit respecter les mots d’ordre et s’abstenir, en cas de désaccord: c’est une question de loyauté. La démocratie, on ne l’accepte pas que quand ça nous arrange. Moi aussi j’ai été minorisé par le passé!» s’énerve Alberto Velasco, vice-président de l’Asloca-Genève, constituant et conseiller municipal en Ville de Genève.
User de sa liberté
Dans un registre similaire, il avait également saisi le comité directeur, en mai dernier, lorsque le conseiller d’Etat Charles Beer avait soutenu la loi sur la gouvernance des régies publiques contre l’avis du PS.
En l’occurrence, c’est sous sa casquette de juriste que s’exprimait Christian Dandrès. Pas de quoi calmer Alberto Velasco. «Je trouve limite de prendre position publiquement contre l’association qui l’emploie, c’est une manière très subtile de semer la confusion.»
Une assertion que réfute Christian Dandrès. «L’Asloca a préconisé la liberté de vote, les juristes l’ont exercée. Il en va de notre crédibilité envers les locataires. Par ailleurs, des voix discordantes devraient pouvoir aujourd’hui se faire entendre sur un tel objet au sein du Parti socialiste, il ne s’agit pas de débattre de la légitimité ou non des forfaits fiscaux! Les Constituants ont mené une telle bataille contre la droite pour arriver à un consensus que certains d’entre eux entendent toute critique comme un désaveu terrible de leur travail, même si tel n’est pas le cas.»
Conseiller municipal socialiste, appelant à voter blanc sur la Constitution, Pascal Holenweg abonde. «Il s’agit d’une polémique stupide. C’est comme pour l’élection complémentaire à l’exécutif de la Ville de Genève: la liberté de vote implique que certains peuvent soutenir Didier Bonny, d’autres Salika Wenger.»
Question d’image
Visiblement, les mails échangés entre les membres du comité directeur ont été vifs. D’aucuns se demandant ce que faisait encore l’avocat au PS... De là à évoquer une demande d’exclusion? «Il n’en est pas question», temporise Romain de Sainte Marie, président du Parti socialiste genevois. «Nous n’allons pas mener une purge interne.»
Mais rappel à l’ordre il y a bel et bien eu. «En tant que député, Christian Dandrès incarne l’image du parti. Il doit respecter ses lignes directrices et admettre quand il a tort», soutient le président. Concrètement, le député est prié, tant qu’il occupe une «fonction élective», de ne plus participer à une conférence de presse dont le mot d’ordre serait différent de celui du parti.
Une réprimande qui fera sans doute sourire les vieux briscards socialistes qui ont, eux aussi, appelé à rejeter la nouvelle Constitution. A l’instar de deux de ses anciens présidents, Dominique Hausser et Christian Brunier, de l’ex-députée Françoise Schenk-Gottret, du syndicaliste Jacques Robert ou encore de l’ancien conseiller national Jean Ziegler. Des personnalités qui, il est vrai, n’ont plus de mandat électif et parlent en leur nom propre.
Chez les Verts également, quelques membres font campagne contre l’avis du parti. Par exemple, le conseiller municipal en Ville de Genève Julien Cart, très actif sur les réseaux sociaux. Mais il le fait au nom de l’association Vivre, qui défend l’extension des droits politiques des étrangers.
Les alliances préservées
Pour la présidente du parti écologiste genevois, Emilie Flamand, comme pour les membres du Parti socialiste que nous avons interrogés, les voix dissonantes à l’intérieur des partis de l’Alternative et les divergences de fond avec la gauche de la gauche, les syndicats, un certain nombre d’associations et l’Asloca sur ce sujet ne sauraient cependant remettre en question les partenariats en vigueur ni les alliances électorales en cours. Surtout pas à un an des élections... I





