Samedi, 25 mai 2013

L’ONU s’engage pour la protection des journalistes en zones de conflit

MERCREDI 03 OCTOBRE 2012
Commémoration de la mort du caméraman José Couso, tué lors d’un tir de char américain contre l’hôtel Palestine à Bagdad en 2003. Le lourd tribut payé par les journalistes lors de ce conflit avait conduit Hedayat Abdel Nabi et Blaise Lempen (en médaillon) à créer Presse emblème campagne.
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MÉDIAS • Le Conseil des droits de l’homme exhorte les Etats à renforcer la protection des professionnels des médias dans les régions en guerre. Entretien avec le journaliste suisse Blaise Lempen.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté jeudi à Genève, par consensus, une résolution pour renforcer la protection des journalistes en zones de conflit. Le texte, présenté par l’Autriche, le Brésil, le Maroc, la Suisse et la Tunisie et soutenu notamment par le Qatar, condamne toutes les attaques et violences contre les journalistes et souligne la nécessité d’assurer une meilleure protection de tous les professionnels des médias et de leurs sources. Entretien avec le secrétaire général de la Presse emblème campagne (PEC), le journaliste suisse Blaise Lempen, cheville ouvrière de cette ONG de défense des journalistes qui a travaillé ces dernières années au sein de l’ONU pour sensibiliser et mobiliser les gouvernements.

Il y a quelques années, la journaliste égyptienne Hedayat Abdel Nabi et vous avez créé la PEC. Quel était votre objectif?

Blaise Lempen: Nous avons créé la PEC en 2004 parce que nous étions révoltés contre le grand nombre de victimes parmi nos confrères en Irak, à la suite de l’attaque anglo-américaine en mars 2003 et de la chute de Saddam Hussein. Nous avons constaté, notamment lorsqu’un char américain a tiré contre des cameramen postés à l’Hôtel Palestine à Bagdad, que le droit international était inefficace et insuffisant pour protéger les journalistes dans les zones de conflit. Le lancement de notre campagne internationale a reçu un très bon écho dans les pays du Sud et les pays en conflit où les journalistes rencontrent de gros problèmes pour travailler.

Quelle est la portée de la résolution de l’ONU sur la protection des journalistes? Est-elle un vœu pieux ou aura-t-elle un impact dans les zones de conflit?

Ce n’est pas un vœu pieux, c’est un texte qui a valeur de référence. Les gouvernements y prennent des engagements précis, comme de mener des enquêtes rapides et efficaces pour lutter contre l’impunité. La PEC surveillera de près le respect de ces engagements. En outre, un rapport a été demandé au Haut Commissariat aux droits de l’homme en coopération avec le rapporteur spécial de l’ONU pour la liberté d’expression, Frank La Rue. Ils feront des propositions. L’impact dans les zones de conflit, comme actuellement la Syrie ou la Somalie, est par contre très aléatoire, parce que ces pays sont devenus des zones de non-droit.

Cette résolution ouvre-t-elle la voie à l’adoption d’une convention sur la protection des professionnels des médias?

Pour changer la réalité sur le terrain, il faudra nécessairement quelque chose de plus contraignant, notamment pour faciliter l’accès des journalistes dans les zones de combat. Mais c’est plus difficile de parvenir à une convention, car une convention est contraignante et des Etats sont notoirement réticents, parce qu’ils ne veulent pas se lier les mains et restreindre leur marge de manœuvre ou risquer des procès et des réparations.

Quelles sont les zones où les journalistes, photographes, preneurs de son et cameramen sont le plus à risque dans l’exercice de leur métier?

Comme les chiffres le montrent (lire ci-contre), les zones le plus à risque sont des situations de conflit ouvert, sans lignes de front claires, comme actuellement la Syrie, des zones où des groupes armés terroristes tentent de faire la loi, comme la Somalie, le Pakistan et l’Afghanistan, ou encore des pays où se déroule une guerre entre l’armée et des gangs criminels liés au trafic de drogue, comme le Mexique.

Vous êtes correspondant de l’Agence télégraphique suisse (ATS) au Palais des Nations depuis dix-huit ans et l’auteur de plusieurs livres dont Massacres sans témoins. Quelle est votre analyse de l’évolution de la profession de reporter?

L’une des raisons pour lesquelles le droit existant est insuffisant est justement l’évolution du métier de journaliste. Le paysage médiatique a beaucoup évolué depuis la rédaction des Conventions de Genève! Le développement d’internet a bouleversé la profession. Même les médias dits traditionnels utilisent abondamment comme sources les informations diffusées sur les blogs, sur Twitter, Facebook et YouTube. L’on est passé des médias de masse à la masse des médias. La communication s’est beaucoup démocratisée et cela change les rapports de pouvoir.

Pour faire adopter cette résolution par l’ONU, en pleine tragédie syrienne, journalistes et diplomates ont travaillé de concert à Genève et une délégation a même été reçue par le président de l’Assemblée générale à New York. Cette première signifie-t-elle une meilleure compréhension du métier de journaliste par les Etats?

Oui, et cette sensibilisation nouvelle est très importante. Lorsque la PEC a lancé sa campagne, les gouvernements ne prêtaient aucune attention ou presque à ce problème. Nous avons dû beaucoup travailler, avec d’autres, pour seulement faire connaître le problème. Maintenant, des Etats ont décidé de se mobiliser. Les gouvernements feront davantage attention. Ils savent qu’ils sont observés de près. C’est un succès, même si ce n’est pas suffisant pour changer la réalité sur le terrain.

Les blogueurs et autres donneurs d'alertes actifs sur les réseaux sociaux, notamment dans le cadre du Printemps arabe, sont-ils également inclus dans cette résolution, ainsi que Julian Assange et ses collègues de WikiLeaks?

Les Etats ont voulu éviter de se lancer dans une discussion sur la définition de qui est journaliste. Mais il y a une mention d’une part des codes déontologiques volontaires adoptés dans la profession, et d’autre part de la protection des sources journalistiques. Le rapport demandé au Haut Commissariat permettra sans aucun doute d’entrer dans le détail.

 

HECATOMBE CHEZ LES PROFESSIONNELS DES MEDIAS

Du 1er janvier au 26 septembre 2012, 108 professionnels des médias ont été tués dans 25 pays, soit autant que pendant toute l'année 2011. Parmi les pays les plus dangereux cette année, la Syrie (32 journalistes professionnels et non professionnels tués), la Somalie (14), le Mexique (10), le Pakistan (7), le Brésil (7), le Honduras (6), les Philippines (5), l'Irak (3), le Nigéria (3). SOURCE PEC

 
Le Courrier
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