L’inusable succès de Chávez et de ses missions
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VENEZUELA • Les programmes sociaux lancés par Hugo Chávez sont toujours aussi populaires. Des «missions» qui devraient lui assurer sa troisième réélection mais dont l’avenir inquiète.
Même le candidat de l’opposition, Henrique Capriles, en a fait un des thèmes phares de sa campagne. Celui qui affrontera le président socialiste Hugo Chávez le 7 octobre a promis d’«institutionnaliser» et même d’«amplifier» les missions, ces grands programmes sociaux lancés en avril 2003 qui touchent à des thèmes aussi divers que le logement, l’agriculture, la santé ou l’éducation. L’homme qui se dit de «centre-gauche» mais dont le «plan de gouvernement de l’Unité nationale» cache mal les volontés libérales reconnaît ainsi que la Révolution bolivarienne n’a pas que des défauts.
Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre dans les barrios, les quartiers populaires vénézuéliens. A Catia, au nord de la capitale Caracas, Antonia Aldana, 49 ans, votera Hugo Chávez avant tout pour sauvegarder ces fameuses «missions». Grâce à elles «nous pouvons nous faire soigner, suivre des cours et tout cela gratuitement. Nous devons lutter pour les sauvegarder», explique-t-elle.
Antonia Aldana fait référence à la mission Barrio Adentro, grâce à laquelle plus de 18 000 médecins cubains ont été envoyés au Venezuela à son apogée, et à la mission Ribas, un programme éducatif destiné aux jeunes et aux adultes n’ayant pu obtenir leur diplôme secondaire. «Ici, dans la communauté, des adultes ont même appris à lire!» s’exclame-t-elle. En 2005, l’UNESCO a déclaré le Venezuela «libre d’analphabétisme». Une grande avancée notamment due à la mission Robinson et à ses cours dispensés à la population.
Aliments et maisons
Ces «missions» sont entièrement financées par les revenus du pétrole. Pour l’économiste proche du pouvoir Luis Matos, «elles ont permis d’investir un plus grand pourcentage du produit intérieur brut dans la satisfaction des besoins basiques de la grande majorité». Ainsi, les supérettes Mercal ou Pdval vendent des produits à prix subventionnés, beaucoup moins chers que sur le marché privé.
Autre besoin basique: le logement. Rodrigo Rivera, 22 ans, a vu sa maison de Catia partir sous les flots de boue le lundi 29 novembre 2010 à neuf heure du matin. Depuis, il vit dans un refuge et connaît déjà l’emplacement de son futur logement payé par l’Etat. Il bénéficiera ainsi de la Mission Vivienda (logement) qui prévoit la construction de 2 millions de maisons et appartements d’ici à 2018. Dans un pays où près de la moitié de la population vit dans ces barrios, sur des terrains instables, des politiques musclées dans ce domaine sont une nécessité.
Recul de la pauvreté
Selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), qui dépend de l’ONU, la pau-vreté a diminué de 20,8% entre 2002 et 2010 au Venezuela. Ces chiffres contestés par l’opposition révèlent aussi que 27,8% de la population demeure pauvre. «Vingt-huit pour cent de pauvres dans un pays qui possède les plus grandes réserves mondiales de pétrole, c’est encore beaucoup trop. La pauvreté ne diminue plus et beaucoup de Vénézuéliens demeurent dans une dépendance vis-à-vis de l’Etat», soutient l’historienne Margarita López, proche du parti Patrie Pour Tous (longtemps indépendant, il est aujourd’hui tiraillé entre les deux principaux candidats).
L’importance de l’inflation (27,6% en décembre 2011 selon la Banque centrale du Venezuela [BCV], qui prévoit qu’elle tombe à 18,1% à la fin de cette année) fait dépendre une grande partie de la population des marchés et supermarchés de l’Etat. Les missions n’ont pas réglé toutes les difficultés du Venezuela. Malgré une économie en forme, la précarité demeure. Le chômage touche entre 7 et 8% de la population, selon l’Institut national des statistiques (INE), alors que la croissance (annuelle) était de 5,6% au premier semestre 2012 d’après la BCV. «Le problème est le sous-emploi car la moitié de la population active travaille dans le secteur informel avec des salaires très bas. Si on prend en compte les chômeurs et que l’on ajoute les personnes du secteur informel, nous voyons que la précarité touche 60% des travailleurs», note José Guerra, un économiste proche de l’opposition.
Des aides, pas d’Etat-providence
Luis Matos est en total désaccord avec ce point de vue: «Certains voient le travail salarié comme unique solution. Les personnes qui vendent des journaux, des confiseries, des cigarettes gagnent plus que le double du salaire minimum. Au risque de passer pour extrémistes, nous croyons que chacun doit travailler où il le souhaite selon sa propre vocation et pas seulement pour un revenu salarié.»
Plus généralement, José Guerra estime que les programmes sociaux du gouvernement s’essoufflent: «La mission Mercal a été essentielle pour lutter contre la pauvreté et Barrio Adentro a été un succès. Mais cette dernière s’affaiblit et il y a de plus en plus de manques de produits dans les Mercal.»
Difficile à vérifier. Mais d’après la BCV, les Mercal ont bénéficié à 4,6 millions de personnes en 2011. Ils étaient encore 11,5 millions de bénéficiaires en 2005... Même l’emblématique mission Barrio Adentro a décliné: tandis que 11,7 millions de patients ont visité les dispensaires en 2005, ils n’étaient que 6,7 millions en 2009. Ces chiffres peuvent être interprétés de deux façons: soit les Vénézuéliens ont moins besoin d’y recourir, soit ces institutions s’effritent.
Si à Catia les personnes interrogées assurent que les dispensaires sont toujours présents, à San Felix, l’un des plus grands barrios d’Amérique du Sud, situé dans l’ouest du pays dans l’Etat de Bolivar, des témoignages soutiennent le contraire. Milagros, 54 ans, raconte qu’elle doit faire quelques kilomètres de plus depuis que le dispensaire proche de chez elle a fermé. Elle a du mal à se déplacer et peine à se procurer ses médicaments gratuitement. Cette quinquagénaire paraissant bien plus vieille que son âge ne votera pas pour autant pour le candidat de l’opposition. Les difficultés de Barrio Adentro proviennent de la pénurie de médecins vénézuéliens. Leur formation devait pallier les départs programmés des docteurs cubains. Mais là aussi des retards sont enregistrés.
Floraison
Plus fragiles mais aussi plus souples que des administration, les missions demeurent le moyen d’action privilégié du gouvernement. Pour Luis Matos, leur bonne santé se voit dans leur diversification. Il cite la mission Saber y Trabajo (Savoir et Travail) pour favoriser l’emploi, la mission En Amor Mayor pour garantir les retraites, etc. Elles sont en tout une vingtaine aujourd’hui.
Le pétrole, meilleur ennemi du Venezuela
Sans or noir pas d’avancée sociale. Les missions n’auraient jamais vu le jour sans cette grande source de revenus. Le gouvernement les finance entièrement par l’entreprise nationalisée en 1975, PDVSA. Le Venezuela n’est pas près d’épuiser cette ressource. Il possède les plus grandes réserves au monde, selon l’OPEP. Dans le sous-sol du pays reposeraient 296,5 milliards de barils potentiels. Aujourd’hui 3 millions de barils sont produits par jour. Selon le Ministère des affaires étrangères français, 45% du PIB vénézuélien dépendait du pétrole en 2011.
Le président socialiste Hugo Chávez a pu bénéficié de l’augmentation des cours depuis son accès au pouvoir en 1999. Le prix du baril se négociait alors à 11 dollars le baril, aujourd’hui dix fois plus. Mais le gouvernement voit dans le rétroviseur les révoltes du Caracazo en février 1989 qui officiellement firent 279 morts, jusqu’à 3000 selon certaines sources. La baisse du cours de pétrole en est la cause indirecte. En crise, le pays dirigé alors par le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez se plie au exigences du FMI, dérégule notamment les prix des aliments, au détriment des classes populaires.
Tout entier tourné vers cette quasi unique source de richesses, le pays dépend des importations. Dans un supermarché, les rares aliments produits au Venezuela ou encore les ordinateurs seulement assemblés sur le territoire sont estampillés d’un «Fait au Venezuela» bien visible. Le gouvernement tente tant bien que mal de mettre fin à cette dépendance, notamment en essayant de développer le tourisme ou l’extraction de nouvelle ressources minières comme l’or.
Mais c’est surtout dans le domaine de l’agriculture que l’Etat concentre ses efforts à travers la mission AgroVenezuela, qui distribue des crédits aux agriculteurs pour développer leurs projets, ou encore grâce à la loi des terres qui condamne les grandes propriétés, les «latifundios», pour permettre qu’elles soient exploitées par un plus grand nombre.
Difficile de savoir si cette politique a porté ses fruits. Selon le gouvernement, c’est une certitude: la part d’aliments importés était de 50% avant l’accès d’Hugo Chávez au pouvoir, elle serait de 30% aujourd’hui. Les données brutes de la production, mises en avant par les organisations professionnelles, semblent confirmer cette tendance. Depuis 1998, les productions de lait et d’œufs auraient ainsi doublé.
L’opposition souligne de son côté que la «souveraineté alimentaire» est loin d’être atteinte. Le député du parti D’abord la Justice, Julio Borges, déclarait le 29 septembre que «durant ces dernières années» la production de café à diminué de 60%, 40% concernant le sucre et le riz.
Quoi qu’il en soit, le rêve de l’indépendance économique demeure lointain au Venezuela. Sans aide extérieure, point de grands projets. La Chine a par exemple lancé un satellite vénézuélien samedi. Pékin accorde également un crédit de 30 milliards de dollars au Venezuela. Ce dernier fournit 640 000 barils de pétrole par jour à la Chine, dont 264 000 en paiement de ses dettes. JBM (avec BPZ)
Le raté sécuritaire
L’une des dernières missions en date vise à combattre la délinquance. A Toda Vida Venezuela, instituée en juin dernier, propose de réformer le système pénal, insistant sur la prévention et le renforcement des organismes de sécurité. Une mission créée à la veille des élections comme un aveu d’échec, puisque Hugo Chávez, en plus d’une décennie de pouvoir, n’est pas parvenu à endiguer ce fléau. Selon le ministre de l’Intérieur et de la Justice Tareck el Aissami,
il y aurait eu quelque 14 000 homicides en 2011 (soit environ 38 tués par jour). L’Observatoire vénézuélien de la violence (OVV) donne même 18 850 morts violentes, (52 par jour), ce qui met le Venezuela parmi les pays les moins surs du monde. JBM (avec BPZ)





