Dans la peau de requérants d’asile
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COUP DE GUEULE • Amnesty a lancé hier une campagne d’affichage qui met en scène des ténors de la politique favorables au durcissement du droit d’asile. L’UDC piquée au vif.
Mustafa Blocher, Jussuf Freysinger, Filit Müller: de curieux requérants d’asile ont débarqué hier en Suisse. Ces clones de parlementaires fédéraux connus pour leur ligne dure en matière d’asile sont les protagonistes d’une campagne d’affichage lancée par Amnesty International et diverses organisations comme la Déclaration de Berne et l’Oeuvre suisse d’entraide ouvrière. Baptisée «ça suffit!», cette opération se veut un coup de gueule contre les «atteintes au droit d’asile» et les «propos dénigrants proférés à l’encontre des requérants». Entretien avec Denise Graf, coordinatrice pour les droits humains à Amnesty Suisse.
Pourquoi cette campagne choc?
Denise Graf: On assiste à une escalade sans précédent dans le domaine de l’asile. La Constitution et le droit international sont de moins en moins valables pour les requérants. La ligne rouge est franchie. Nous interpellons les parlementaires pour leur demander de se mettre dans la peau de personnes qui doivent fuir leur pays.
Ne contribuez-vous pas à cette escalade?
Non. Nous voulons mettre les parlementaires face à leurs responsabilités. Tous les partis disent qu’ils ne s’en prennent pas aux vrais réfugiés, mais c’est faux. En décidant unilatéralement d’exclure la désertion des motifs d’asile, la Suisse viole l’essence de la Convention sur les réfugiés. En précarisant le statut de personnes qui ne peuvent pas être renvoyées, elle nuit à leur intégration et donc aussi aux intérêts de la population suisse.
Votre campagne cible en première ligne l’UDC. Le débat risque de se focaliser sur ce parti...
Nous utilisons des personnages connus pour introduire des arguments de fond dans le débat politique. «Jussuf Freysinger» et «Filit Müller» sont des identités fictives, mais leur histoire est bien réelle. Les trois à quatre prochaines semaines montreront si nous arrivons à placer notre message.
Une partie de la révision de la loi sur l’asile est déjà sous toit. Pourquoi venir si tard?
Nous avons fait un travail de lobbying en amont. Mais il est beaucoup plus difficile d’avoir un impact que dans les années 1980 et 1990. Les partis sont davantage portés sur leurs intérêts électoraux que sur la volonté de respecter les conventions internationales.
Le lobbying des organisations a-t-il été suffisant?
C’est difficile à dire: je ne sais pas exactement qui a fait quoi. La collaboration entre les différentes organisations n’a pas été satisfaisante, parce que nous sommes tous surmenés. Nous devons aussi nous occuper de la défense de cas concrets et mener des réflexions sur le nouveau système qui découlera de l’accélération des procédures d’asile. Nous espérons que la révision de l’année prochaine permettra enfin d’aboutir à des procédures équitables et humaines.
Est-ce réaliste, sachant que l’UDC met la pression en annonçant une nouvelle initiative populaire?
C’est réaliste si les autres partis bourgeois disent enfin: «ça suffit». La politique de l’UDC amène le système d’asile dans un petchi ingérable. Quelle crédibilité la Suisse a-t-elle encore pour faire la leçon aux autres, si elle enfreint elle-même toutes les conventions internationales?
Depuis deux ans, Amnesty est membre de la très institutionnelle Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). Un risque pour votre indépendance?
Il y a parfois des désaccords entre les organisations de base et l’OSAR, et nous essayons d’avoir une certaine influence sur son positionnement. Notre souhait a toujours été que l’OSAR devienne une organisation faîtière dans le domaine du droit d’asile et des étrangers. Mais on en est encore très loin.
Pourquoi vous investir dans cette campagne et ne pas lancer de référendum contre la révision de la loi sur l’asile?
Nous estimons qu’un référendum est, en ce moment, contreproductif. Certains en profiteraient pour clamer que 70 à 75% de la population est favorable au durcissement du droit d’asile, alors que les moyens à disposition pour faire campagne sont extrêmement inégaux. Il faut absolument trouver de nouvelles manières de rendre la population attentive à ce qui se passe.
Si un référendum est malgré tout lancé, Amnesty va-t-il le soutenir?
Dans ce cas de figure, il faudrait que le comité exécutif en rediscute. Mais il y a de fortes chances qu’Amnesty ne lance ni ne soutienne un tel référendum. I





