Incompréhension mutuelle entre riverains et requérants d’asile
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COHABITATION • Au Petit-Lancy, un barbecue a été organisé pour favoriser le contact entre les habitants et les migrants.
Faire connaissance autour d’un barbecue et briser les préjugés dans une ambiance amicale. Tel était l’objectif poursuivi par la Coordination asile.ge qui organisait l’événement, mardi dernier, dans le parc Surville, au Petit-Lancy. Les habitants riverains de l’abri PC Annevelle étaient invités à partager le repas des requérants d’asile qui y sont logés, en compagnie de quelques membres du milieu associatif. Au final, peu de Lancéens sont venus profiter du charbon brûlant. Des membres de la direction de l’Hospice général ont participé à la fête. Une vingtaine de migrants ont pu témoigner, sous la pluie, de la rudesse de leurs conditions de vie, le long de la route de Chancy.
L’abri est situé dans la sortie d’un parking souterrain. On y croise généralement des petits groupes de requérants installés devant son accès. Plus en hauteur, le bâtiment adjacent accueille le Ministère public, avant de se transformer en logements. Si on monte les escaliers à côté du parking, on peut voir, 50 mètres plus loin, le siège genevois d’une multinationale et un quartier résidentiel. «Mais on ne va jamais là-bas, confie Yacine, un Erythréen de 38 ans. On nous a montré que nous n’y étions pas les bienvenus, alors nous nous rendons plutôt en ville.»
Un accueil hostile
Tous parlent de la nécessité de sortir lorsqu’on vit sous terre, sans fenêtre, avec de l’air artificiel. Ils souhaitent simplement voir la lumière du jour, téléphoner, ou même aller s’entraîner dans un parc. Parfois, ils se retrouvent à
plusieurs pour discuter.
Plusieurs requérants déplorent l’hostilité de quelques membres du voisinage à leur égard. «Dès leur arrivée en avril, un comité d’accueil composé d’une cinquantaine d’habitants de la commune les attendait pour montrer leur mécontentement», rappelle Lucine Miserez, de la Coordination asile.ge. Des membres du Mouvement citoyens genevois étaient également présents et distribuaient des tracts. L’organisatrice du barbecue regrette le manque de prévoyance des autorités face à ces démonstrations. «La réponse de l’Hospice général a été de renforcer la sécurité en engageant des gardes privés pour surveiller le site, poursuit-elle. On aurait plutôt dû instaurer le dialogue avec la population.»
Du côté des habitants du chemin Annevelle, les avis sont partagés. Si la majorité avoue n’avoir jamais été témoins de mauvais agissements de la part des migrants, beaucoup disent craindre tout de même pour la sécurité des femmes et des enfants. Certains tiennent une sorte de carnet de bord, afin de noter les comportements suspects de la part des demandeurs d’asile. Le concierge de l’immeuble voisin parle de l’odeur de joints qu’il a pu sentir aux abords de l’abri, tout en insistant sur les relations
cordiales qu’il entretient avec les requérants.
Des peurs infondées
Frank Bourqui, intendant de l’abri PC, explique pourtant qu’il n’y a jamais eu d’abus de la part de ses occupants et que tout s’est très bien passé jusque-là. Ses propos sont confirmés par Bruno Righetti, chef du service hébergement à l’Hospice général, pour qui la situation à Lancy est «très calme». Le conseiller administratif chargé de la sécurité, François Lance, abonde: «Aucun délit significatif n’a été répertorié.»
Selon Anne-Dominique Dubois, responsable de l’unité aide d’urgence à l’Hospice général, la peur des riverains ne se base que sur des aspects subjectifs et non sur des faits avérés. Sylvianne Chobaz, une habitante du quartier, voit passer son fils tous les jours devant l’abri et explique qu’il n’y a jamais eu de problème. «Heureusement qu’ils sortent de leur parking! s’exclame-t-elle. Ils ne vont tout de même pas rester sous terre.»
L’incompréhension peut se lire sur le visage des migrants lorsqu’ils racontent que certains voisins appellent la police dès qu’ils se retrouvent à plus de trois à l’extérieur. Beaucoup craignent maintenant les contacts avec les riverains. «Nous leur disons bonjour mais la plupart ne nous répondent même pas, témoigne Mamadou, un requérant malien. Ils faudrait qu’ils puissent se mettre à notre place pour comprendre nos difficultés.»
Mamadou se fait également régulièrement contrôler par la police. Il décrit ces interpellations comme étant rudes et très désagréables: «Ils nous fouillent en nous bousculant. Certains nous parlent comme on ne parlerait pas normalement à un homme.» Puis il sort son téléphone portable afin de montrer la photo d’un tas d’affaires jetées sur un trottoir. Ses effets personnels tels qu’ils ont été rendus par un policier après un contrôle infructueux, explique-t-il... I





