Mercredi, 19 juin 2013

Sophie Hunger dans la lumière

DIMANCHE 30 SEPTEMBRE 2012
Photo. Star nationale, Sophie Hunger s’exporte aussi en France, en Allemagne et au Canada.
AUGUSTIN REBETEZ

DISQUE Son nouvel album très attendu, «The Danger of Light», est suivi d’une tournée automnale. Rencontre.

En quelques années, Sophie Hunger est devenue une star nationale. Monday’s Ghost et 1983, ses deux précédents albums, ont été certifiés platine (plus de 30 000 exemplaires vendus en Suisse). Mais ce n’est pas tout, car Sophie Hunger s’exporte aussi en France, en Allemagne et au Canada. La parution de son nouvel opus, The Danger of Light, était donc plus qu’attendue. Une pression que Sophie Hunger, rencontrée à Lausanne, ne semble pas sentir. Son arme anti-stress? Un naturel imperturbable.

Plus vous avancez, moins votre musique est étiquetable. Aujourd’hui, on ne peut pas dire si c’est du rock, du jazz, de la pop ou de la soul.

Sophie Hunger: Je n’ai pas l’éducation musicale pour appréhender les choses de cette manière. J’ai juste intégré les choses que j’écoutais. De 13 à 15 ans, je n’écoutais presque que du hip hop, du r’n’b, de la black music. Puis je suis passée à l’indie-rock, à Radiohead. C’est avec l’ouverture du club Helsinki à Zurich que j’ai commencé à écouter du bluegrass, du hillbilly folk, de la country. Pendant deux ou trois ans, je n’ai écouté que ça. C’est après cette période que j’ai commencé à faire «mon» truc.

Avez-vous l’impression de vous inscrire dans une tendance plus générale, où les frontières entre les genres sont en train de disparaître?

– Il n’y a plus cette importance du genre dans les têtes des musiciens. Ça c’est génial, c’est l’avenir. Ce n’est pas quelque chose de conscient ou de volontaire, cela se fait naturellement. Prenez un musicien comme le Bernois Dominik Chansorn, dont le premier CD va paraître bientôt. Son groupe comprend 10 ou 15 musiciens de 18-20 ans. Beaucoup d’entre eux suivent l’école de jazz, mais ils ont déjà fait table rase de toute idée de jazz conventionnel. Il y a vingt ans, on suivait des cours pour apprendre le jazz. Aujourd’hui, c’est juste pour apprendre les techniques liées à un instrument.

Vos musiciens aussi sont polyvalents. Tous jouent de plusieurs instruments. C’est important pour vous?

– C’est même devenu une condition. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, mais aujourd’hui je ne peux plus m’imaginer jouer avec quelqu’un qui ne ferait qu’une chose.

Les paroles de la chanson «Das Neue» sont très particulières. Vous dites entre autres «le nouvel homme c’est la femme», «l’Allemagne c’est la nouvelle Turquie», «l’islamisme c’est le nouveau catholicisme». Comment avez-vous eu l’idée d’une telle chanson?

– Je l’ai écrite au dernier moment. En écoutant le disque, j’ai senti qu’il y avait des trous. Alors j’ai repris un rythme de mon batteur que je n’avais pas utilisé et je me suis mise au saxophone. C’était un vieux rêve d’en jouer sur une de mes chansons. Ensuite les paroles sont venues, comme un jeu, «telle chose est le nouveau autre chose».

Le fait d’avoir tourné partout a-t-il changé votre vision du monde?

– Chaque tournée me confirme que je viens d’un petit pays aux conditions de vie ultra-privilégiées. On a tendance à l’oublier. Je suis très attachée à la Suisse émotionnellement. Je ne dois pas y passer plus d’un quart de mon temps maintenant, mais lorsque je dois m’absenter pour une longue période, la Suisse me manque. Même si j’habite à Zurich, je réalise que ce à quoi je suis le plus attachée est la nature, la terre. Je ne peux pas vivre sans les Alpes, les montagnes, les rivières...

Comment expliquez-vous l’ébullition actuelle de la scène suisse?

– Il y a aujourd’hui une véritable émulation. Lorsqu’un artiste propose quelque chose de nouveau, cela stimule les autres. Cette énergie est très importante. Qualitativement, la scène ne cesse de progresser. Regardez les chanteuses: ce ne sont pas seulement des interprètes, mais également des musiciennes et des auteures-compositrices.
Dans les années 1990, c’était impensable. Il y a toujours eu des bons artistes en Suisse, mais jusqu’ici c’étaient des cas isolés, des individualistes. Ce qui est nouveau, c’est l’émergence d’une scène. Il y a tellement de liens entre nous. Heidi Happy et moi avons joué dans le même groupe il y a sept ou huit ans. J’ai vu Evelinn Trouble chanter pour la première fois à l’âge de 16 ans. Idem pour Anna Aaron.

 

La voie royale

Après avoir sillonné le monde, Sophie Hunger revient avec un album (double en version Deluxe) ouvert sur... le monde. Nourri d’influences variées (pop, folk, jazz, cabaret), enregistré entre la Suisse, New York et le Canada. Très en voix, Sophie Hunger y concilie spontanéité et rigueur. Elle y intègre tous les ingrédients pour poursuivre sa voie royale: un ou deux tubes, tels «LikeLikeLike» ou le langoureux «Perpetrator», à côté de morceaux plus improvisés comme «What it is» (sur le CD bonus) ou «Rerevolution».
Ses musiciens, plus en avant, jonglent avec les rythmes, osent des digressions. A son groupe – Michael Flury, Simon Gerber, Alberto Malo – s’ajoutent des invités tels Josh Klinghoffer (guitariste des Red Hot Chilli Peppers!) ou Nathaniel Walcott (Bright Eyes). Sophie Hunger prouve qu’elle n’est pas une simple chanteuse de pop-folk, mais bien une artiste à l’univers foisonnant.     ESN

 

Album.
Sophie Hunger, The Danger of Light, Two Gentlemen / Irascible.

Concerts.
Berne, Bierhübeli, ve 9 novembre. Lausanne, Les Docks, sa 8 décembre. Morges, Théâtre de Beausobre, ve 22 mars 2013.
Toutes les dates sur www.sophiehunger.com

 
Le Courrier
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