Autiste mais entier
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SUISSE • «UNE VESTE TRANQUILLE» DE RAMÒN GIGER
Cinéaste en herbe, Ramòn Giger s’est posé les bonnes questions. Et les a surtout posées au protagoniste de son documentaire, Roman, jeune autiste apprenant le métier de bûcheron dans une institution spécialisée où le réalisateur a été civiliste: «Comment faire le film?» – «En me racontant sans préjugés, comme un homme entier», lui a-t-il répondu. Défi relevé avec brio par Une veste tranquille, qui parvient à contourner à la fois les limites d’une approche clinique et les idées reçues associés à ce trouble complexe.
Optant pour une image très soignée, aux cadrages étudiés et baignée d’une superbe lumière, Ramòn Giger rompt avec le réalisme cru qui caractérise souvent le genre. Observation patiente, gros plans cherchant le regard de Roman, brèves séquences tournées en vidéo par ce dernier, tout concourt à dépasser les manifestations spectaculaires de l’autisme. Pour pénétrer un peu le monde intérieur du jeune homme et révéler, à travers sa relation fragile avec son accompagnateur Xaver, une faculté compassionnelle insoupçonnée.
Sujet à des crises de panique à la moindre contrariété, incapable de parler, communiquant via un tableau alphabétique et une interprète, celui qu’on croyait inapte à tout rapport affectif ou interaction sociale prouve le contraire. Par l’expérience de l’amour et du deuil, dans la douleur et la frustration, qu’il voudrait apaiser en revêtant la mystérieuse «veste tranquille» qui donne son titre à ce film sensible, intense et bouleversant.





