Un joyeux bordel
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

SUISSE • «A GLORIOUS MESS» D’ULRICH GROSSENBACHER
Nous sommes tous un peu collectionneurs, ou rétifs à nous défaire d’objets devenus inutiles. Des manies qui, chez certains, se révèlent pathologiques. C’est le cas des protagonistes du documentaire A Glorious Mess, atteints de syllogomanie ou accumulation compulsive. Ulrich Grossenbacher nous fait partager leur folie douce, mais qui charrie son lot de souffrance. Plutôt que de plonger dans une investigation psycho-médicale, le cinéaste brosse trois portraits affectueux (le quatrième personnage est abandonné en cours de route), témoigne de leur combat quotidien contre cette étonnante maladie sur un ton oscillant entre tragique et comique selon le vécu de chacun.
Pathétique chez Karl, qui a rempli d’un incroyable fatras quatre granges, un entrepôt, le jardin et – à l’exception de la cuisine – la maison qu’il habite avec son épouse. Son couple est au bord de la rupture, ses enfants ont coupé les ponts, mais il ne peut se résoudre à se débarrasser du moindre objet... Tragi-comique chez Trudi, qui enregistre sur cassettes toutes les émissions culturelles à la radio et progresse péniblement dans l’indescriptible capharnaüm de son appartement. Mais, philosophe, elle a appris à vivre avec ce mal semble-t-il incurable.
Truculent enfin, chez Arthur. Ce paysan, vieux garçon bourru, entasse sur son terrain camions, tracteurs et autres véhicules rouillés. En racontant sa résistance acharnée contre les autorités, le film prend le tour d’une fable sur un certain esprit helvétique: au pays de l’Ordre, l’ingérable accumulateur qui a transformé en décharge son domaine – bordant un chemin touristique – fait tache! Avec malice, le cinéaste résume toute l’ironie de la situation en une image: l’employé communal chargé du cas d’Arthur enroulant méticuleusement l’extrémité d’un tube de moutarde...





