Jeudi, 23 mai 2013

Syndicaliste condamné sur plainte de Barbey SA pour diffamation

VENDREDI 28 SEPTEMBRE 2012

GRANGES-MARNAND • L’homme avait dit aux médias que l’entreprise traitait ses employés en esclaves, les menaçait et pratiquait le congé-représailles. Recours annoncé.

Salle comble, mercredi au Tribunal du Nord vaudois, où une vingtaine de syndicalistes escortaient leur collègue Pierre-André Charrière. Condamné à trente jours-amende par le Ministère public vaudois pour diffamation, le secrétaire syndical a vu les deux tiers des charges retenues contre lui écartées par le juge de police.
Estimant que le syndicaliste n’a pas prouvé les «menaces» et «congés-représailles» dont il accuse l’usine de sandwiches et de pizzas Barbey SA, de Granges-Marnand, et qu’il est allé trop loin en l’accusant d’«esclavagisme», le juge Eric Reynaud a maintenu sa condamnation pour diffamation, mais a réduit sa peine à dix jours-amende avec sursis. A la sortie de l’audience, Pierre-André Charrière, dont l’avocat avait plaidé l’acquittement, a annoncé son intention de faire appel.

Falsifications
Le secrétaire syndical était accusé de diffamation pour avoir déclaré devant les médias, en mai 2010, que Barbey SA falsifiait les rapports sur le temps de travail, utilisait «des méthodes illégales et particulièrement choquantes», ne payait pas toutes les heures supplémentaires et violait la loi de diverses manières. Il en remettait une couche deux semaines plus tard, assimilant les salariés à des esclaves, «licenciés ou menacés de représailles» s’ils se plaignaient de conditions de travail particulièrement dures.
Dans un premier temps, le Ministère public a, assez cavalièrement, jugé que le syndicaliste n’avait agi que pour dénigrer Barbey, et lui avait refusé la preuve de la vérité de ses dires. Le reproche le plus lourd, des falsifications des rapports de pointage pour ne pas payer toutes les heures, aurait pu entraîner une enquête pénale contre l’entreprise. L’administratrice qui a porté plainte pour cette accusation en a admis
textuellement le bien-fondé devant le juge: «Pourquoi y a-t-il eu falsification? Il y avait des raisons pour cela», a-t-elle déclaré avec la candeur des âmes pures devant les syndicalistes ravis.

Emotionnellement tendu
Lors de l’audience, qui a duré quatre heures, le juge a écouté le syndicaliste Vasco Pedrina, chef de la délégation des travailleurs suisses à l’Organisation internationale du travail, expliquer que l’action de Pierre-André Charrière était justifiée dans le contexte tendu d’un conflit de travail dur. «Cela fait partie de la liberté syndicale, si les propos tenus reflètent la gravité des faits», a résumé le leader syndical.
S’agissant de celle-ci, plusieurs anciens employés sont venus témoigner des conditions de travail difficilement croyables ayant alors cours dans l’entreprise. Des journées finissant à pas d’heure, des passages à la pointeuse précédant la sortie des employés d’une ou plusieurs heures, des décomptes sans rapport avec les indications de la timbreuse, des repos légaux non respectés. Des reproches reconnus par plusieurs jugements de Prud’hommes.

D’autres moyens
Même dans un conflit du travail, il y a des limites à ne pas franchir, a plaidé Mathilde Bessonnet, l’avocate de l’entreprise. Cette affaire a eu des répercussions graves pour Barbey SA, «traîné dans la boue», qui y a perdu des clients. L’accusé avait d’autres moyens de lutte que le dénigrement médiatique, ses victoires judiciaires le montrent bien. Il est temps de redresser l’honneur de Barbey, pour le grand bien, au final, des travailleurs qui dépendent de la prospérité de l’entreprise.
Jean-Michel Dolivo a plaidé le mobile d’intérêt public de son client et la réalité des situations qu’il avait dénoncées, chaque accusation étant étayée par un faisceau d’indices, de pièces et de témoignages dont la plupart ont été confirmées en justice. Le refus de dialoguer de la direction l’a réduit, dans une situation intolérable, à dénoncer publiquement une situation illégale et inquiétante, avec «un langage fort, mais justifié» pour défendre des ouvriers «roulés par des manipulations de la timbreuse».
A la sortie, Me Bessonnet se déclarait satisfaite de ce que le juge ait reconnu que les limites de la loi valent aussi pour le discours syndical.

 
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