Samedi, 25 mai 2013

Le ton monte avec le FMI

VENDREDI 28 SEPTEMBRE 2012

ARGENTINE • Le FMI menace Buenos Aires d’un «carton rouge» s’il ne corrige pas ses statistiques sur l’inflation, jugées fantaisistes.

Les relations entre Buenos Aires et le FMI n’ont jamais pu être comparées à un long fleuve tranquille mais aujourd’hui, la rivière menace à nouveau de sortir de son lit. Le conseil d’administration du FMI a en effet donné trois mois à l’Argentine pour mettre ses statistiques d’inflation et de croissance économique aux normes internationales, faute de quoi le pays s’exposait à des sanctions. Sa directrice Christine Lagarde n’a pas précisé la nature de ces éventuelles sanctions mais a déclaré que le Fonds sortirait un «carton rouge».
La présidente argentine Cristina Kirchner, friande de formules coup de poing, n’a pas cherché à apaiser les tensions ni à faire dans la demi-mesure. «Mon pays n’est pas une équipe de football, c’est une nation souveraine qui prend des décisions de manière souveraine et qui ne se laissera soumettre à aucune pression, et a fortiori à aucune menace», a-t-elle rétorqué. «Ceci n’est pas une partie de football, c’est la crise économique et politique la plus grave depuis les années 30.»

L’inflation pas réaliste
Au cœur des tensions, l’Institut national de statistiques et recensement, Indec, accusé de fournir des chiffres d’inflation bien en deçà de la réalité et de gonfler ceux de la croissance. Depuis la prise de contrôle de l’organisme par l’Etat en 2007, des économistes et des associations de consommateurs dénoncent régulièrement ces manipulations. Ainsi l’Indec parle-t-il de 9,5% d’inflation sur l’année 2011 tandis que des instituts privés la situent au-dessus de 23%. Ce sigle en est même devenu un ressort comique des blagues argentines, un synonyme de mensonge et de dissimulation.
Le FMI avait constaté lui même le pro
blème lors de missions qu’il avait réalisées dans le pays en décembre 2010 et avril 2011 à l’invitation de Cristina Kirchner, qui souhaitait alors faire taire ces critiques. En février, le Fonds avait donné six mois supplémentaires à l’Argentine pour régler la question après avoir constaté «l’absence de progrès» du pays en la matière, après une première phase de six mois. Aujourd’hui la date butoir a été fixée au 17 décembre. Mais le gouvernement n’a pas l’air de vouloir plier. Lors d’une conférence à l’Université de Georgetown, mercredi, Cristina Kirchner a reproché au FMI de se servir de la question de l’Indec comme d’une excuse pour «s’acharner» contre son pays. «En réalité, le Fonds a décidé que l’Argentine était un mauvais élève et qu’il devait être puni. Pas à cause d’une histoire de statistiques, non. Parce qu’on s’est refusé à suivre ses recettes.»

La dette remboursée
En effet, après une politique néolibérale soutenue par le Fonds dans les années 90, Buenos Aires avait rompu drastiquement la relation en se déclarant en défaut de paiement lors de sa crise économique de 2002. L’annonce du défaut avait été applaudie par le Congrès argentin tandis qu’au dehors, on pouvait lire sur les pancartes des manifestants: «FMI, nous ne serons plus tes rats de laboratoire!»
Mais malgré un discours d’affrontement dans lequel le Fonds était considéré comme la racine de tous les maux du pays, Nestor Kirchner, le président de l’époque et défunt mari de l’actuelle présidente avait tout de même fini par rembourser la dette du pays jusqu’au dernier centavo. I

 
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