Jeudi, 23 mai 2013

Le référendum de la discorde

VENDREDI 28 SEPTEMBRE 2012

ASILE • Les défenseurs des droits des migrants devraient décider ce soir de lancer un référendum contre la révision. Cette stratégie ne fait de loin pas l’unanimité.
 

Le lancement d’un référendum contre la nouvelle loi sur l’asile se précise. Lors d’une réunion des défenseurs des droits des migrants samedi dernier à Berne, une majorité s’est dégagée en faveur de cette option. Mais plusieurs organisations manquaient à l’appel, de sorte qu’un nouveau débat aura lieu ce soir. «Il est probable que nous lancions un référendum», avance Moreno Casasola, secrétaire général de Solidarité sans frontières. «Mais il faut pour cela un fort engagement de la base.»
Les milieux de défense du droit d’asile sont divisés, pour ne pas dire déchirés. L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR), qui regroupe les œuvres d’entraide et Amnesty, semble plutôt défavorable au référendum, alors que le Centre social protestant (CSP) de Genève et des associations alémaniques veulent aller au front. Hormis quelques divergences de fond, le débat est avant tout stratégique.

Le traumatisme de 2006
«Nous allons nous casser la gueule et offrir toute la publicité à l’UDC!», prévient Graziella de Coulon, coprésidente de Solidarité sans frontières et membre du collectif Droit de rester. Le double référendum contre les «lex Blocher», perdu à plus de deux tiers des votants en 2006, a laissé des traces. «Nous avons perdu beaucoup de militants à ce moment-là», affirme Graziella de Coulon. Les associations feraient mieux d’employer leurs forces à reconstruire un mouvement sur le terrain, en impliquant davantage les migrants eux-mêmes, estime la coprésidente de Solidarité sans frontières. «Il faut sortir du parc d’attraction de la démocratie directe!»
Le référendum peut aussi être «un moteur» pour fédérer les forces de la société civile, rétorque Moreno Casasola. Pour le secrétaire général de Solidarité sans frontières, la bataille de principe doit l’emporter sur des considérations tactiques. La révision comporte au moins quatre points qui rendent un référendum indispensable: l’exclusion de la désertion des motifs d’asile, la suppression des procédures à l’ambassade, la création de «camps» pour les récalcitrants et la «carte blanche» donnée au Conseil fédéral pour mener des projets pilote en dehors du cadre légal.
Reste à voir s’il y aura un ou plusieurs référendums. Car la révision de la loi sur l’asile se fera par tranches. Les mesures urgentes seront votées aujourd’hui, et entreront en vigueur demain. Un deuxième paquet, qui contient notamment la suppression de l’aide sociale pour les récalcitrants, doit être finalisé à la session de décembre. Enfin, Simonetta Sommaruga reviendra devant le Parlement avec un train de mesures d’accélération des procédures.
Les partis de gauche sont dans une position inconfortable. Les Jeunes socialistes et les Jeunes verts poussent pour le référendum, mais leurs «aînés» freinent des quatre fers. Le PS est particulièrement gêné aux entournures: sa ministre a soutenu les principales mesures de la révision. Le président du parti Christian Levrat n’a pas donné suite à notre demande d’interview.
«C’est une erreur politique de lancer un référendum», lance la conseillère nationale Cesla Amarelle (ps/ VD). «Il faut dépasser l’étape de la dénonciation et trouver des solutions aux vrais problèmes de l’asile: le manque de places d’hébergement, la longueur des procédures et la zone grise dans laquelle se trouvent les gens qui n’ont pas obtenu l’asile.» Une nouvelle défaite devant le peuple risquerait en outre d’inciter l’administration à durcir encore sa pratique.

Initiative populaire?
«Nous étions plutôt contre un référendum», indique l’écologiste Ueli Leuenberger. «Mais s’il est lancé, il est probable que les Verts le soutiendront.» L’ancien président du parti plaide plutôt pour une démarche «positive». Les associations pourraient s’allier avec les villes et certains cantons pour mener une «campagne d’information nationale sur les migrants». Les partis et les syndicats doivent aussi davantage s’impliquer, plutôt que d’abandonner cette cause à des «spécialistes», juge Ueli Leuenberger. Le lancement d’une initiative populaire pourrait être une occasion de recréer un mouvement. Référendum ou initiative? Pour Moreno Casasola, «il n’est pas exclu de faire les deux.»

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Le Courrier
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