Les lobbies ont encore de beaux jours devant eux au Palais fédéral
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PARLEMENT • Une nouvelle fois, les Etats refusent d’éloigner les groupes de pression des couloirs du parlement. Pas de limitation des cartes d'accès.
Ils écument les couloirs du Palais fédéral, quand ils ne vont pas jusqu’à s’asseoir sur les bancs du fond de la salle du Conseil des Etats. Thomas Minder voulait faire la chasse aux lobbyistes en limitant leur accès au parlement. Las, ses collègues sénateurs ont refusé hier de donner suite à son initiative parlementaire, par 22 voix contre 17. Chaque élu pourra donc continuer à inviter deux personnes de son choix dans l’antichambre du pouvoir législatif.
L’indépendant Thomas Minder demandait que les groupes de pression ne reçoivent plus de cartes d'accès permanent aux parties non publiques du Palais fédéral, ce privilège devant être réservé à ses yeux aux collaborateurs personnels ou aux proches des députés. Certains lobbies comme le WWF ou l’Union suisse des arts et métiers (usam) disposent de six laissez-passer, a critiqué le Schaffhousois.
Le sujet n’est pas nouveau à la Chambre des cantons. En mars de cette année, une initiative de Didier Berberat avait déjà été recalée de justesse (19 voix contre 17). Plus modérée, la proposition du Neuchâtelois n’envisageait pas de retirer les cartes d’accès. Mais son auteur était prêt à s’y rallier: «Pourquoi en accorder à des associations comme celle des brasseurs suisses?», se demande le socialiste, qui précise n’avoir rien à reprocher aux brasseurs...
Soupçon de connivence
Thomas Minder pouvait compter sur le soutien des deux sénateurs neuchâtelois. Raphaël Comte voyait dans son initiative un moyen de s’assurer «plus de tranquillité pour travailler». Vis-à-vis de la population, elle aurait aussi permis de lever tout soupçon de connivence entre élus et bénéficiaires de ces précieux sésames, que d’aucuns arborent à leur veston par «gloriole personnelle». «Les bons lobbyistes ne gravitent pas dans les couloirs du Palais fédéral, mais ils prennent contact bien avant les débats avec les membres des commissions», note le libéral-radical.
Le PDC Urs Schwaller considère, lui aussi, que la question de l’accès au parlement est secondaire. Les intérêts que défendent les politiciens, pas toujours de manière transparente, font davantage problème, estime le Fribourgeois. Pour Roland Eberle, il appartient aux élus de faire attention en distribuant leurs deux cartes. Et l’UDC thurgovien de s’inquiéter d’un prochain pas, qui pourrait consister à mettre les journalistes à la porte...
Lassant lobby paysan
Par pur hasard du calendrier, le sujet du lobbying prend ces jours une résonance particulière dans l’autre Chambre, celle du peuple. En marge du débat sur la nouvelle politique agricole, certains conseillers nationaux éprouvent une grande lassitude face aux sollicitations incessantes du lobby paysan.
En neuf ans d’activité parlementaire à Berne, Dominique de Buman (pdc/FR) dit avoir «rarement vu autant d’interventions externes», souvent «répétitives» et «contradictoires». Paysans bio, petits exploitants, organes faîtiers: chacun veut s’assurer le vote de parlementaires qui finissent par se sentir tiraillés. «C’était un peu à la limite», résumait Dominique de Buman il y a une semaine, à la veille de l’ouverture du débat.
Le lobby agricole en fait-il trop? La question fait sourire le directeur de l’Union suisse des paysans. «On fait simplement notre travail», nous confiait hier le conseiller national Jacques Bourgeois (plr/FR).
Sur les bancs socialistes du National, on prend les sollicitations paysannes avec philosophie. Celles-ci étaient «plus directes et moins feutrées» que d’habitude, notait cependant Jean-François Steiert (FR) la semaine dernière. «On y est habitué, mais c’est vrai que le lobby agricole est très efficace», observait pour sa part Jacques-André Maire (NE), se refusant à parler de «pression». I






