Jeudi, 23 mai 2013

Crédibilité en fumée

LUNDI 24 SEPTEMBRE 2012

Le très net rejet hier de l’initiative antifumée marque la fin d’un cycle. Deux ans après le dernier durcissement au niveau fédéral, les deux tiers des Suisses ont souhaité le statu quo, quand bien même des législations plus strictes en vigueur dans huit cantons ont montré leur efficacité. Les poumons de dizaines de milliers de travailleurs des bistrots attendront des jours meilleurs pour être protégés.
Pour la Ligue pulmonaire suisse et les autres initiants, la défaite est cuisante. A l’exception du petit «oui» genevois, le «non» s’est partout imposé. Dès lors, comment expliquer que des cantons ayant plébiscité des mesures similaires il y a peu les rejettent aujourd’hui, parfois très nettement? Des lois, qui plus est, largement acceptées et appliquées par les populations concernées. Au vu des dizaines de milliers de suffrages envolés, l’argument du fédéralisme paraît insuffisant.
Après être demeurés trop longtemps passifs devant les demandes des non-fumeurs, les Suisses avaient entrepris, il y a une décennie, de réduire l’emprise des volutes de tabac sur l’espace commun. Un rattrapage brutal, à la mesure du désintérêt manifesté jusque-là. En quelques années, les fumeurs sont passés de rois à parias.

Dans les cantons les plus stricts, l’interdiction de fumer à proximité des bâtiments, voire dans les parcs, les chambres d’hôtel ou les appartements, était évoquée. Des propositions «extrémistes», avaient assuré les initiants, promettant de s’en tenir là en cas de victoire et de rejeter l’initiative en cours de récolte par leur ancien allié Jean Barth, qui prévoit des interdictions aussi en extérieur.
Il est clair que beaucoup de votants ne les ont pas crus et ont tourné casaque. On peut y voir l’effet de la campagne mensongère des opposants mais pas seulement. La vitesse des transformations précédentes a avivé la méfiance, de même que l’hystérie hygiéniste qui sévit dans certains pays pionniers de la lutte anti-tabac.
Si un backlash paraît peu probable – les cantons à la pointe paraissant satisfaits de leurs normes –, la défaite de ce week-end risque de geler la situation dans les autres régions, alors même que la loi fédérale est peu satisfaisante.
Comment remonter la pente? D’abord en convainquant fumeurs, et même certains non-fumeurs, que le combat contre la fumée passive n’est pas la croisade moraliste d’une époque en mal de causes nobles mais une simple question de santé publique. Qu’il s’agit de protéger le non-fumeur, non de convertir de force le fumeur.

Les milieux de la prévention gagneraient en crédibilité s’ils ne concentraient pas l’essentiel de leurs efforts à la cigarette et à l’alcool et qu’on les entendait davantage alerter, par exemple, sur les dangers de la pollution automobile ou industrielle. Tiens: pourquoi ne les a-t-on pas vus dans la campagne en faveur des rues piétonnes à Genève?

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