Terminus pour le RER-Transrun
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TRANSPORTS PUBLICS La ligne ferroviaire directe entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds a été rejetée de justesse dans les urnes. Le Haut et le Bas n’ont jamais paru aussi éloignés.
Les Neuchâtelois ont joué la prudence financière: ils ont dit «non» de justesse dimanche au projet de RER-Transrun, désavouant ainsi leurs autorités. Le nouveau réseau de transports publics, avec pour pièce maîtresse le Transrun, ligne directe entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds, était devisé à 919 millions de francs, dont 559 à la charge du canton. Les CFF auraient participé pour un montant de 241 millions de francs et la Confédération, à travers le fonds d’agglomération, pour 111 millions de francs. Ce réseau devait être opérationnel à l’horizon 2022.
Les districts du haut du canton ont été clairement minorisés. Celui de La Chaux-de-Fonds a dit oui à plus de 70% et celui du Locle à plus de 60%. Mais sur l’ensemble du canton, le non l’emporte pour un peu moins de 400 voix. Les citoyens ont désavoué leurs représentants au parlement et au gouvernement: ils ont rejeté leur copie par 50,29% des voix contre 49,71% (33 724 non contre 33 332 oui). La participation s’est élevée à 51,5%.
Autogoal
Lors du point presse, le Conseil d’Etat neuchâtelois s’est déclaré «déçu» par le refus de justesse du projet de RER-Transrun et a regretté le manque de solidarité régionale sur la question. Il a cependant affirmé qu’il «continuera de travailler pour renforcer la cohésion cantonale», dans les mots de Philippe Gnaegi, président du gouvernement. Le résultat du vote laisse irrésolu le problème de la rénovation du réseau des transports publics dans le canton. Le chef de l’Economie Thierry Grosjean a qualifié d’autogoal le net refus du RER-Transrun dans les districts du Val-de-Travers et du Val-de-Ruz. Mais il a assuré que «le gouvernement restera sur le pont en tout cas jusqu’à la fin de la législature (en mai prochain, ndlr)».
La ministre de la Santé Gisèle Ory a relevé que le résultat du vote électronique comporte plus de 60% de «oui», ce qui dénote que la jeunesse a voté pour le RER. Elle a noté que sa ville de La Chaux-de-Fonds aurait pu faire pencher la balance en faveur du «oui» avec un taux de participation plus élevé que les décevants 46,3% enregistrés.
L’UDC vainqueur
Le conseiller d’Etat en charge du dossier Claude Nicati a pour sa part relevé que le «réseau ferroviaire neuchâtelois sera assaini mais pas transformé» dans le sens du projet d’agglomération soutenu par la Confédération et que «le problème des transports publics n’est pas résolu». Il a cependant rejeté l’interprétation selon laquelle les citoyens se sont prononcés davantage contre les autorités et les institutions politiques que contre le RER. «La crise de confiance entre les autorités et le citoyen ne peut jouer aucun rôle dans un vote aussi capital», a-t-il ajouté. Philippe Gnaegi a néanmoins relevé que l’opposition au RER-Transrun n’émanait que d’un parti, l’UDC, et de «seulement quelques personnes» en vue, laissant entendre que la question de confiance ne peut être totalement évacuée.
Le RER-Transrun a fait l’objet d’une campagne passionnée au cours des semaines précédant le vote. Un sondage à deux semaines du scrutin donnait pourtant une avance aux pro-RER, mais signalait aussi un fort bataillon d’indécis. A l’exception de l’UDC, tous les partis représentés au Grand Conseil avaient recommandé l’acceptation du projet. Le Grand Conseil avait pour sa part adopté le projet en juin à une très large majorité, par 87 voix à 16.
Selon les opposants, emmenés par les députés Raymond Clottu (UDC) et Philippe Bauer (PLR), le projet était «ambitieux, trop ambitieux et venait trop tôt». A leur avis, il faut d’abord faire le ménage, venir à bout de la réforme hospitalière, assainir les finances cantonales et la caisse de pensions de l’Etat avant de se lancer dans un investissement qualifié de «pharaonique pour le canton le plus endetté de Suisse». avec ats
Trois questions à... Silvia Locatelli, coprésidente du PS
La citoyenne de La Chaux-de-Fonds se dit très inquiète pour la cohésion du canton.
Comment expliquez-vous l’échec du RER-Transrun?
– Les opposants ont dit que ce canton serait en ruine alors que parallèlement la population entend dire depuis des années que l’Etat est dans une situation catastrophique. Or ce qui se sait moins, c’est que les comptes de Neuchâtel sont depuis plusieurs années bénéficiaires. Les gens ont eu très peur de perdre leurs prestations. Les opposants, qui ne sont pas ceux qui défendent ces dernières, devraient aussi prendre en compte ce message, que l’on n’a pas entendu dans leurs rangs.
Il s’agit aussi clairement d’un vote de défiance contre le Conseil d’Etat actuel. On sait que beaucoup de gens ont fait une campagne anti-Nicati plus qu’anti-RER. C’est éminemment regrettable car on ne votait pas pour le Conseil d’Etat mais pour le RER. J’espère qu’en avril 2013 les gens qui sont mécontents avec le Conseil d’Etat se déplaceront en masse pour le faire savoir.
Quid de la cohésion cantonale?
– J’ai un immense souci car on sait que le RER-Transrun était aussi l’instrument qui allait permettre de centraliser un certain nombre de tâches de l’Etat, que ce soit dans le Haut ou dans le Bas. Penser aujourd’hui que ce vote n’aura absolument aucune répercussion sur le tribunal, les hôpitaux, les écoles et les établissements décentralisés est un leurre complet. Quand les Chaux-de-Fonniers monteront au créneau pour conserver leur hôpital et qu’on leur servira la soupe habituelle comme quoi le Littoral est tout près, on se souviendra tous du 23 septembre 2012.
Concrètement, que peut-il se passer?
– Tout peut se passer. Les Montagnes peuvent décider de tourner le dos au Littoral ou de faire le gros dos comme elles l’ont fait pendant des années. Le Littoral peut penser que cette situation qui ne va pas lui poser de problème. Mais dans quelques années on se rendra compte que c’est l’ensemble du canton qui est perdant.
PROPOS RECUEILLIS PAR CGM
Commentaire : Neuchâtel fait le choix du repli
Les Neuchâtelois ont refusé le RER-Transrun d’un souffle, par 392 voix. Mais quelle que soit la ténuité de l’échec, le canton a bel et bien perdu une occasion unique de se projeter dans l’avenir avec un projet qui devait permettre de rapprocher les différentes régions du canton, mais aussi ce dernier du reste de la Suisse.
Neuchâtel se retrouve plus que jamais divisé. La fracture est béante entre le Haut et le Bas et on ne voit pas comment il sera possible de la colmater. Elle s’avère aussi très forte entre les villes et la campagne et peut-être entre la jeunesse, concernée au premier plan par le projet, et une population vieillissante, qui n’en aurait pas forcément vu les fruits.
Comme l’a martelé le Conseil d’Etat, il n’y a pas de plan B. Les CFF lancent dès aujourd’hui les études pour rénover la ligne actuelle, sans y apporter aucune amélioration, pour un montant inférieur aux 241 millions qu’ils auraient investi dans le RER. Quant aux 111 millions du fonds d’agglomération de la Confédération, ils partiront dans d’autres cantons, trop heureux de récupérer ainsi une manne inespérée.
Hier, à l’heure de s’exprimer sur les alternatives au RER-Transrun, les opposants étaient soudain aux abonnés absents, invectivant les CFF et les parlementaires fédéraux, qui ne feraient pas leur travail, oubliant que les premiers n’ont aucune obligation légale face au canton et que les seconds se sont précisément battus pendant des années pour obtenir des fonds de la Confédération. Les pompiers-pyromanes ne prendront pas leurs responsabilités et n’assumeront pas les conséquences de leur campagne mensongère, tout simplement parce que leurs alternatives ne sont que des vues de l’esprit.
Le canton peut envisager toutes les solutions qu’il souhaite, mais il devra délier seul les cordons de la bourse. Les citoyens qui ont voté avec la peur de voir les impôts augmenter ou les prestations sociales diminuer pourraient être les dindons de la farce. En matière de rail, aucune alternative n’est envisageable sans faire sauter le goulet de Vauseyon et le rebroussement de Chambrelien pour un coût qui, inévitablement, friserait celui de la contribution cantonale au RER-Transrun. Quant à un deuxième tube autoroutier sous La Vue-des-Alpes, même si les tenants du tout-à-la-bagnole en rêvent, il n’est pas à l’ordre du jour alors que le développement de la mobilité passe partout par le rail.
Au-delà du refus d’un projet de réseau de transports publics, c’est un désaveu profond du Conseil d’Etat et des autorités politiques dans leur ensemble que le peuple a exprimé. On savait la crise de confiance profonde. Le rejet d’hier ne fait que
l’aggraver. CGM





