Le jeu des extrêmes
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Certaines des caricatures publiées cette semaine par Charlie Hebdo visent juste. D’autres sont simplement bêtes et méchantes. Pour réagir aux manifestations de colère et aux violences suscitées par le film L’innocence des musulmans, l’hebdomadaire français n’a, comme d’habitude, pas fait dans la finesse.
Mais que l’on cautionne ou non la recette éculée du journal satirique – son but est justement d’être indigeste –, il n’y a pas à tergiverser sur la liberté d’expression. Il y a donc de quoi s’inquiéter lorsque le premier ministre français Jean-Marc Ayrault condamne les excès de l’hebdomadaire, car le droit de blasphémer est un acquis des démocraties chèrement payé.
L’interdiction que réclament à l’ONU les pays islamiques, ainsi que le Vatican, peut d’ailleurs devenir un instrument pour brimer les minorités religieuses, comme le montre l’exemple du Pakistan. Il faut protéger les individus et les communautés de la diffamation, mais pas les idéologies. A cet égard, Mahomet ou Jésus doivent pouvoir être caricaturés, moqués, voire vilipendés.
Les appels au calme de nombreux dignitaires et intellectuels musulmans ne rassurent pas vraiment. Les violences sont condamnées, mais au nom du respect, et pour éviter l’engrenage de la violence, ces voix relativisent à leur tour la liberté d’expression. Au vu des risques de représailles, Charlie Hebdo aurait-il dû s’abstenir? Comme les intégrismes ne risquent pas de faiblir, autant fermer boutique tout de suite.
En réalité, si le journal aurait été inspiré d’en faire un peu moins, c’est parce qu’il participe à offrir un miroir déformant de la réalité, à l’instar des médias occidentaux en général.
Car il faut relativiser l’ampleur des manifestations contre le film islamophobe. Sans minimiser le sort des victimes, on est loin de l’image donnée d’un monde arabo-musulman à feu et à sang. S’il y a mobilisation en masse, comme le relevait hier dans ces colonnes le chercheur Joseph Daher, c’est pour que se poursuivent le processus démocratique et les rêves de répartition des richesses enclenchés par le printemps arabe. Une réalité occultée dans la plupart des médias occidentaux où «la religion est interprétée comme étant l’unique élément qui pousserait les masses à se mobiliser». Or elle est bien souvent un exutoire à toute une série de frustrations nées de revendications sociales, économiques et politiques étouffées. Des frustrations que ne manquent pas d’instrumentaliser les intégristes, ou un régime comme l’Iran qui, en agitant un film islamophobe, cherche à faire oublier son soutien au boucher de Damas.
Près de chez nous, ce même film fait le beurre d’une Marine Le Pen qui, hier, réclamait l’interdiction du voile (et de la kipa) dans la rue...





