Retour à Nice
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

ROMAN • «DANS LA BAIE DES ANGES» DE P. MAURIES
Nice, rêve de stuc avec ses villas, ses pavillons, ses palais hétéroclites. Son air insouciant de vieille cocotte («ici mourut la belle Otéro»), son église russe, et cette autre, Saint-Barthélemy, au clocher comme une copie en réduction de la tour du Palazzo Vecchio de Florence. Patrick Mauriès, esthète épris des maniéristes (Bronzino, Parmigianino, Pontormo) au point de soutenir jadis une thèse sur eux sous la direction de Roland Barthes, Patrick Mauriès donc, avisé animateur de la belle collection Le Promeneur chez Gallimard, se penche sur son enfance niçoise. Pour une évocation subtile, traversée d’instantanés, entre rues ombreuses et pentes raides, façades passées au badigeon ocre et éclats d’azur véhéments.
Domine dans ces pages, la figure de la mère, Blanche, belle et douce, pudique et taciturne, inlassablement courtisée dans sa jeunesse, séduite au final par les assiduités de celui qu’elle connaissait depuis l’adolescence et dont elle ne surmonta jamais, plus tard, l’épreuve de la disparition, vivant «sans se l’avouer une dépression sans fin». Un très beau portrait jusqu’au rappel du ronronnement de la machine à coudre qui lui servait à ravauder les vêtements de la famille ou à confectionner ses propres robes à partir de patrons de papier de soie. Suivent d’autres images, d’autres souvenirs plus ou moins furtifs (Mai 68 vécu en spectateur médusé) et toujours ce désir de trouver un lien entre les choses, les sensations, rassembler les débris enchanteurs de la mémoire.
PATRICK MAURIES, DANS LA BAIE DES ANGES, ED. GALLIMARD, 2012,127 PP.






