Mardi, 30 août 2016

Sculptures et dessins pris en flagrant délit de discussion

Vendredi 21 septembre 2012
«Life» (2008) de Marc Bauer et «Chain» (2011) de Sara Masüger.
M. BAUER/S.MASUGER, PHOTO M. JANN

EXPO • Au Musée de Pully, Marc Bauer et Sara Masüger conversent par œuvres interposées. Dans les salles, la seconde parle un brin plus fort.

Beaucoup de noir, passablement de blanc et des univers hétérogènes qui s’entrelacent: au Musée d’art de Pully, les plasticiens Marc Bauer et Sara Masüger font converser leurs œuvres dans une exposition commune. «Le Ravissement mais l’aube, déjà», c’est son nom, visualise des dialogues verbaux entretenus depuis dix ans par les deux artistes autour de leurs travaux respectifs, dans la foulée d’une rencontre à la Rijksakademie d’Amsterdam.
C’est Marc Bauer, vu notamment au Mamco, à Attitudes ou au Musée Rath au bout du lac, qui a invité Sara Masüger. Le Genevois établi à Berlin pratique le dessin au crayon graphite et trouve ses sujets sur Internet – des images souvent connues, voire iconiques –, à moins qu’il ne les capture avec son téléphone portable. Dans ses œuvres, Marc Bauer n’est jamais trop précis: «Mes dessins sont des déclencheurs. Le public doit les compléter, les recomposer avec ses propres souvenirs», explique l’intéressé rencontré dans les espaces du Musée de Pully.

Malaxer, déformer, prolonger
Zougoise établie à Zurich, Sara Masüger travaille en trois dimensions. Ses sculptures sont liées à la mémoire d’un objet, qu’elle moule, malaxe, déforme, prolonge. Ses matières de prédilection sont le plâtre, les résines synthétiques ou le caoutchouc, qu’elle métisse et recouvre en général d’une couche noire, brillante ou mate. A un élément reconnaissable – un pied, un gant de caoutchouc, une chaise – s’ajoutent des excroissances déroutantes.
Dans le second espace du parcours, c’est une chaînette en bronze qui voit ses anneaux se jouer de la perspective, devenant très vite énormes et difformes. Ils répondent à trois moules de chambre à air déformée à l’aide de fil de fer, un étage plus haut; qui eux-mêmes côtoient une chaise dotée d’une jambe plus ou moins humaine, ou un porte-serviette accueillant un élément saucissonné, blanc, complété d’un pied. Les sculptures accompagnent le dessin d’une Nef des fous inspirée de la gravure d’Albrecht Dürer illustrant un livre éponyme de Sébastien Brant (fin du XVe siècle). Le champ lexical de cet espace, on l’aura compris, est celui de l’aliénation.
Ailleurs, Marc Bauer convoque Arnold Böcklin et son Ile des morts; il reproduit aussi une nappe de restaurant blanche ou une intrigante chasse d’eau d’un bar berlinois – peut-être l’œuvre dessinée la plus belle de l’exposition, tant par sa composition que par sa gestion des nuances de gris –, de même qu’une grande vanité, Life. Avec ses fruits, son crâne mais également un étonnant voile noir surplombant la scène, elle côtoie le bien nommé Monster de Sara Masüger – la forme en rondeurs évoque les viscères, lieu de toutes les peurs, autant que l’étron ou le sexe masculin.

Des pièces qui «vibrent»
Si la plupart des sculptures ont été produites pour l’exposition, ce n’est pas forcément le cas des dessins de Marc Bauer – à l’exception de ceux réalisés à même les murs de l’un des espaces. Quoi qu’il en soit, les œuvres ont «peu été montrées par ici», précise l’artiste, qui dessine en noir et gris parce qu’il estime la couleur «anecdotique, car il faut toujours lui ajouter une couche de signification. J’ai évacué le problème.»
L’exposition est sensible et dotée de juxtapositions produisant d’enthousiasmantes «vibrations», comme les qualifie le Genevois. Dans certaines salles, «Le Ravissement...» pèche toutefois par manque de densité: on aurait aimé se trouver face à davantage de dessins. Pratiquant volontiers les séries, avec ses fragments de narrations, Marc Bauer pouvait difficilement proposer une suite thématique: compliqué, dans ce cas, de dialoguer avec Sara Masüger. Mais une poignée de travaux créés pour l’occasion auraient rééquilibré une conversation où les œuvres tridimensionnelles, parfaitement intégrées dans les espaces, ont quelques verbes d’avance.

 

Musée d’art de Pully, 2 ch. de Davel, Pully, jusqu’au 2 décembre, me-di 14h-18h, tél. 021 721 38 00, www.museedepully.ch

 
Le Courrier
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