Mardi, 21 mai 2013

Trente ans de présence auprès des chômeurs

VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2012

NEUCHÂTEL • Pour fêter leur trentième anniversaire, les deux associations de défense des chômeurs du canton se questionnent sur la place du travail et du chômage dans la société.

L’Association pour la défense des chômeurs (ADC) de La Chaux-de-Fonds et sa voisine l’ADC de Neuchâtel ont vu le jour en 1982, année de l’adoption de la loi sur l’assurance-chômage (LACI), entrée en vigueur en 1984. A la suite de la crise horlogère du milieu des années 1970, la métropole horlogère avait alors perdu plus d’un dixième de ses habitants et comptait plus d’un millier de chômeurs. Interview de Virginie Rochat, la permanente de l’ADC La Chaux-de-Fonds.

Qu’est-ce qui a conduit à la création de l’ADC?
Virgine Rochat: Avant 1982, des chômeurs se réunissaient déjà pour s’entraider. Mais avec l’adoption de la LACI, il devenait nécessaire de s’organiser pour défendre leurs intérêts. Par exemple, la notion d’emploi convenable n’existait pas. Un chômeur était contraint d’accepter n’importe quel travail, même s’il n’avait rien à voir avec ses qualifications. Notons que la 4e révision de la LACI entrée en vigueur en avril 2011 est revenue à cette situation pour les jeunes diplômés jusqu’à 30 ans. Ainsi, un docteur en biologie peut être contraint de conserver son job d’étudiant ou d’accepter un travail sans lien avec sa formation.

En menant seule en 1997 le référendum contre la 2e révision de la LACI, qui prévoyait des baisses des indemnités chômage, et en remportant la votation devant le peuple, l’ADC a acquis une certaine notoriété...
Les partis de gauche et les syndicats ayant renoncé au référendum, une dizaine de personnes de l’ADC ont décidé de se lancer dans la bataille. Lorsque les 50 000 signatures, récoltées dans le canton de Neuchâtel, à Genève, Bâle et Zurich, ont été déposées à Berne, les syndicats et la gauche ont rejoint le comité référendaire. La victoire de justesse – à 50,8% – devant le peuple a permis à l’ADC La Chaux-de-Fonds d’avoir une certaine assise et d’obtenir des subventions cantonales ainsi que des sièges dans quatre commissions consultatives du Département de l’économie. Ces représentations nous permettent d’avoir des contacts réguliers avec les autorités et de défendre les intérêts collectifs des chômeurs. Aujourd’hui encore, nous récoltons les fruits de cette victoire.

En 2010, vous repartez aux côtés de l’USS dans la campagne référendaire contre la 4e révision de la LACI, qui aboutit. Mais la population suisse, cette fois, ne vous suit pas...
Les membres de la coordination neuchâteloise «Pas question de payer votre crise» étaient optimistes à la suite de la victoire massive lors de la votation sur le deuxième pilier. Tout le monde souhaite bénéficier d’une belle retraite, mais nombreux sont ceux qui croient qu’ils échapperont au chômage. La stigmatisation des personnes sans emploi reste très présente. Pendant la campagne, le taux de chômage a dépassé les 10% à La Chaux-de-Fonds et il était très élevé dans tous les cantons romands. Quand on connaît plusieurs personnes touchées par le chômage, les préjugés se craquèlent. Grâce à ce contexte et à nos nombreuses actions, nous avons obtenu une belle victoire dans le canton, mais nous n’avons pas eu les forces de mener campagne en Suisse alémanique.

Quelles sont les conséquences sur le terrain de la 4e révision de la LACI?
La suppression de six mois d’indemnités a fait diminuer artificiellement le taux de chômage et exploser les dossiers d’aide sociale. Mais alors que les effets de la révision sur l’aide sociale se font toujours sentir, les statistiques de l’aide sociale en ont fait état que pendant un an.
Les ORP sont contraints de se réorganiser. Alors qu’avant ils attendaient de voir si un chômeur retrouvait du travail avant de lui proposer une formation, la durée d’indemnisation plus courte force à réagir vite. Une vague de chômeurs a ainsi été sacrifiée et n’a pas eu droit aux formations de longue durée. Par ailleurs, l’efficacité des formations courtes et des programmes d’occupation est remise en cause. Selon le Pr. Bonoli, que nous avons reçu en conférence au Club 44, plusieurs études montrent que les chômeurs qui restent chez eux pour rédiger des offres d’emploi retrouvent plus vite du travail que ceux qui suivent des cours.

Qu’est-ce qui différencie l’ADC d’hier et d’aujourd’hui?
La professionnalisation, la fréquentation de nos permanences et le public qui fait appel à nos services. En 2005-2006, une dizaine de personnes passaient dans nos locaux chaque jour. Aujourd’hui, on est plutôt à une trentaine, dont beaucoup de migrants et de personnes ne maîtrisant pas l’écrit.

Quels sont les défis de l’ADC ces prochaines années?
Réussir à faire dix fois plus qu’il y a dix ans avec grosso modo la même subvention. Nous avons des bénévoles pour aider les chômeurs à rédiger des lettres et courriers mais manquons de forces pour défendre politiquement les intérêts collectifs des chômeurs. L’appel est lancé! I

 

Jeu et ouvrage sur les stéréotypes du chômage
Toutes cousines soient-elles, l’ADC La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel fêtent leur trentième anniversaire chacune à leur façon. Dans le Haut du canton, l’accent a été mis sur l’événementiel avec notamment un jeu-spectacle-déambulation inédit, «Malice au pays des chômeurs», qui se déroulera demain et le 29 septembre (dès 9h30 à Espacité à La Chaux-de-Fonds, suivi dès 12h d’un repas à la Maison du Peuple).

«Au fil des années, l’ADC a rencontré des personnes dans des situations dramatiques, absurdes, loufoques, parfois même drôles, qui auraient mérité un sketch ou un film», relève la permanente Virginie Rochat. Péripéties, espoirs, déceptions, difficultés, stéréotypes sur les chômeurs, conjoncture et marché du travail sont ainsi passés au crible de l’humour et de l’exagération dans ce jeu.

Du côté de l’ADC Neuchâtel, la réalisation d’un «beau livre» sur les stéréotypes liés au chômage a été privilégiée. Intitulé Chômage, petit recueil de préjugés, il sortira à l’occasion d’un événement public qui se tiendra le 4 décembre. Des chômeurs fréquentant l’ADC ont déterminé les préjugés les plus courants sur le chômage (le chômeur-vacancier, le bon à rien, la pauvre victime, etc.) et pour chacun d’entre eux, des spécialistes, auteurs, journalistes et artistes les ont traités à leur manière. Parmi les personnalités invitées, le sociologue François Hainard, l’historien Marc Perrenoud, l’auteur Pascal Rebetez, le juriste Boris Rubin, référence en matière de chômage, la rédactrice en chef de l’Emilie Nathalie Brochard ou encore le vice-recteur de l’université de Genève Yves Flückiger. Un photographe a par ailleurs effectué un travail de portraits de chômeurs ayant accepté de témoigner. CGM

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