Jeudi, 23 mai 2013

Depuis dix ans, le mensuel de la gauche du PS anime le débat

VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2012

PRESSE • Lancé il y a dix ans, «Pages de gauche» se voulait un outil indépendant au service de l’aile gauche du parti. Il a un peu évolué avec le temps.

Mensuel romand «d’opinions socialistes», Pages de gauche fête cette année ses dix ans d’existence. Un bail pour une publication indépendante exclusivement animée par des militants et financée par ses seuls abonnés. Pour marquer le coup, la rédaction vient d’éditer un recueil d’articles et de textes originaux retraçant le projet politique à la base de cette aventure1 (éd. L’Aire). L’ouvrage sera verni jeudi 27 septembre à Lausanne lors d’une soirée anniversaire2. Entretien avec Antoine Chollet, secrétaire de rédaction, l’une des chevilles ouvrières du journal.

Quels étaient les objectifs des fondateurs de Pages de gauche?
Ce sont essentiellement des militants romands de la gauche du Parti socialiste (PS) qui ont lancé le journal. L’un des objectifs était donc de peser sur les débats internes au PS. Mais pas seulement: le projet s’est voulu ouvert et a aussi intégré dès le départ des personnalités des milieux syndicaux, associatifs et des membres des Verts. Il s’agissait d’en faire un lieu de confrontation des idées utile à l’ensemble de la gauche. Le dénominateur commun est la volonté de faire vivre la tradition du socialisme démocratique, qui rejette tant le réformisme que les systèmes autoritaires et les partis ou les syndicats bureaucratisés. Nous pensons que la transformation de la société se fait d’abord grâce aux millions de femmes et d’hommes qui le veulent.

Estimez-vous avoir réussi à influencer la ligne du PS?
Le bilan est contrasté. D’un côté, le positionnement actuel du PS est quand même plus à gauche qu’au début des années 2000, période du blairisme triomphant et de l’appel à un recentrage du PS suisse par les auteurs du Manifeste du Gurten (dont l’actuelle conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, ndlr). Et puis de nombreuses personnes qui ont participé à l’aventure du journal ont aujourd’hui accédé à des postes à responsabilités. Pour l’anecdote, lors du retrait de Micheline Calmy-Rey, les quatre candidats à sa succession au Conseil fédéral avaient écrit dans Pages de gauche.

Et les aspects moins positifs?
On constate qu’il reste beaucoup de travail! Le PS n’est pas non plus en voie de gauchisation. Les récentes prises de position sur l’immigration au congrès de Lugano ou les décisions de la majorité rose-vert à la Municipalité de Lausanne sur la mendicité et la sécurité sont là pour nous le rappeler. Et dans ce dernier exemple, plusieurs protagonistes ont eux aussi été proches de Pages de gauche. Une fois au pouvoir, les gens abandonnent parfois bien vite leurs positions. Enfin, la diminution du nombre de membres du PS au sein de la rédaction – ils sont maintenant minoritaires– indique que l’objectif de peser durablement sur la ligne du parti est loin d’être atteint.

La gauche institutionnelle semble désemparée face à la crise financière et économique. Quel est le point de vue de la rédaction?
Il est pluraliste, comme sur beaucoup d’autres sujets. Une partie développe une vision keynésienne, à savoir qu’on assiste à la faillite du capitalisme dérégulé qui s’est mis en place à partir des années 1970 et que la solution passe par une intervention massive de l’Etat et une nouvelle régulation. L’autre insiste sur le fait qu’on est face à une crise classique de surproduction qui ne peut être résolue qu’en dépassant le système capitaliste lui-même. Car c’est aussi, selon elle, la seule manière de résoudre la crise écologique qui menace l’humanité. I

1Pages de gauche –10 ans – le livre que les patrons n’achèteront pas,  éd. L’Aire.
Site internet: pagesdegauche.ch
2Dès 19h, Pôle-Sud, av. Jean-Jacques Mercier 3.

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