Arroseurs arrosés
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Les finances publiques genevoises vont replonger dans le rouge. Le projet de budget 2013 de l’Etat déposé hier par le gouvernement affiche en effet un déficit de 278 millions de francs. Un découvert creusé par l’effet conjugué de la crise financière et du franc fort.
Comme les comptes 2012 devront intégrer les 800 millions qu’il faudra dépenser pour les caisses de retraite de l’Etat, le frein au déficit devrait s’enclencher en 2014. Ce mécanisme oblige le Conseil d’Etat à présenter un train de mesures pour redresser la barre en opposant des baisses de prestations à des hausses d’impôts.
Mais il faudra passer un obstacle politique. Hier, les partis bourgeois ont rivalisé d’inventivité pour dire leur refus de ce texte. En exigeant «de dégraisser le mammouth», pour l’UDC, de taxer les frontaliers (MCG) ou, pour le plus policé PLR, en affirmant que «des économies sont possibles».
La question est bien sûr de savoir où couper. Si ces formations veulent renier leur parole en augmentant le nombre d’élèves par classe au Cycle d’orientation en pleine réforme ou en annulant les postes visant à amortir l’effet du mercredi matin au primaire, il faut qu’elles le disent clairement. Jusqu’à présent, on entend surtout les Messieurs et Mesdames «Plus» au Grand Conseil: plus de policiers, plus de prisons, plus de juges et une traversée de la rade à plusieurs milliards hic et nunc.
Samedi, lors de la dernière session du Grand Conseil, le pompon a été décroché. Les modestes recettes fiscales demandées par le Conseil d’Etat – dont la suspension provisoire de l’inique bouclier fiscal – ont toutes été refusées. Les mêmes qui sont responsables de ce déficit grâce à leurs largesses pour les plus nantis – les cadeaux fiscaux cumulés en dix ans représentent 1 milliard de manque à gagner par année! – se rabattent sur la rhétorique populiste.
Lors de ces votes parlementaires, on a cru rêver lorsque le grand argentier, David Hiler, a mis les députés devant leurs responsabilités et leur a décrit le type d’alternatives qui seront proposées au peuple en cas d’enclenchement du frein au déficit. Par exemple, une hausse du nombre de lits par chambre aux HUG versus la loi qui annule la déductibilité des assurances complémentaires (et que les députés venaient de refuser). «C’est du chantage», s’était étranglé le libéral Christophe Aumeunier.
Non. C’est une question de choix. La droite se sent aujourd’hui piégée par le mécanisme du frein aux déficits qu’elle a imposé contre l’avis du Conseil d’Etat. Cette situation ne manque pas de piquant, même si on peut prévoir un rapide revirement à l’avantage des forces antisociales, qui trouveront bien des coupes frappant les plus démunis – en réduisant l’aide sociale? – ou la fonction publique.





