Mercredi, 19 juin 2013

Rentrée ratée à cause de l’armée

MARDI 18 SEPTEMBRE 2012

ENTRÉE À L'UNIVERSITÉ • La collision de dates entre école de recrues et rentrée universitaire handicape les étudiants. Impossible pour eux de récupérer deux mois de retard. Mais l’armée est prête à faire des efforts.

Comment concilier entrée à l’université à mi-septembre et école de recrues qui s’achève fin novembre? Thierry Corpataux, qui se lance dans une formation de professeur de maths, en a déjà liquidé, des équations du deuxième degré, probabilités et autres casse-tête chiffrés. Mais quand cette question tordue s’est posée à lui en 2011, le bachelier de Noréaz a déclaré forfait: «C’est juste impossible de rattraper deux mois d’université.»
Seule solution valable à ses yeux: enchaîner avec l’armée après les examens de maturité, et reporter le début de ses études supérieures. «A cause de l’école de recrues, j’ai perdu un an.» Un an de transition meublé entre autres avec un séjour linguistique de six mois en Angleterre et un mois et demi de job d’été.
C’est finalement hier que Thierry Corpataux, 20 ans, a vécu sa première rentrée universitaire, à ­Fribourg. Bon nombre d’étudiants, parmi les 7000 recrues (20 000 par an), happés par l’instruction militaire de base jusqu’au 23 novembre auraient d’ailleurs préféré s’asseoir dans les auditoires plutôt que marcher au pas en treillis militaire à Colombier ou à Thoune.

Gérable jusqu’en 2004
Le calendrier de l’armée et celui du monde académique étaient plus ou moins compatibles jusqu’à il y a une dizaine d’années. Les étudiants n’avaient que trois semaines de cours à récupérer. «Cette situation antérieure n’était pas idéale mais praticable», rappelle Dominique Arlettaz, recteur de l’Université de Lausanne. Mais c’était avant les réformes.
En 2004, la durée de l’école de recrues a été rallongée pour passer de 17 semaines à 21 semaines – 18 pour les troupes logistiques. De leur côté, les universités et hautes écoles ont harmonisé en 2007 leur agenda au niveau national. «De plus, indépendamment de la Déclaration de Bologne, il y avait une volonté de favoriser la mobilité des étudiants. Comme la Suisse n’était pas en phase avec le calendrier de la majorité des pays européens, les hautes écoles ont voulu s’y adapter», poursuit Dominique Arlettaz, qui est aussi vice-président de la Conférence des recteurs des universités suisses. La rentrée a ainsi été fixée à la mi-septembre, soit cinq semaines plus tôt pour les universités.

«Jeunes pris en otages»
Autant de changements qui pénalisent les étudiants. «Il ne faut pas que ces jeunes soient pris en otages», plaide le conseiller national Didier Berberat (ps, NE), auteur d’un postulat sur la question au mois de mars et qui porte aussi la casquette de vice-président de l’Université de Neuchâtel. «Leur entrée dans la vie active est différée et c’est aussi un effort financier pour la famille.»
La situation pourrait toutefois se décanter. Le parlement a sur sa table une motion de la conseillère nationale Doris Stump qui demande au Conseil fédéral d’amortir la collision de dates entre école de recrues et début des études. Acceptée au National, la proposition doit encore passer le cap des Etats.
De leur côté, l’armée et la Conférence des directeurs de l’instruction publique (CDIP) ont repris les négociations ces derniers mois. Ueli Maurer, chef du Département fédéral de la défense, a rouvert la discussion dans le cadre du «Développement de l’armée». Ce projet, qui doit être finalisé d’ici la fin de l’année, vise à diviser par deux l’effectif de l’armée pour le fixer à 100 000 hommes, et à raboter à 18  semaines l’école de recrues. «La décision n’a pas encore été prise au niveau politique», freine cependant Christoph Brunner, porte-parole de la Défense.

Une semaine de congé?
Pour le conseiller national Hugues Hiltpold (plr/GE), «l’armée peut se permettre plus de souplesse pour soulager les étudiants». Car du côté des milieux académiques, la durée des semestres est incompressible. Les universités sont débordées par la poussée des effectifs qui se répercute sur le nombre exponentiel d’examens à agender. «Si l’armée est prête à faire des efforts, elle attend la même chose de la part des universités», nuance Didier Berberat.
Les Unis et les hautes écoles spécialisées (HES) sont-elles prêtes à lâcher du lest? La CDIP est encore plus muette que l’armée sur le sujet. Tout au plus, accorde-t-elle une appréciation, via sa porte-parole Gabrielle Fuchs: «La situation générale actuelle n’est pas satisfaisante.» Rien sur un éventuel pas en arrière.
Dominique Arlettaz imagine une concession de la part des milieux académiques: «Aménager les choses afin que les recrues puissent intégrer l’université dans les meilleures conditions. On peut les aider à rattraper leur retard s’il est de trois semaines dans le cas d’une école de recrues à 18 semaines. A condition que l’armée leur donne congé lors de la première semaine du semestre d’automne.» Histoire de permettre aux étudiants de régler les questions administratives et de prendre leurs repères.
L’armée aurait mis sur la table une autre proposition: faire passer les maturités en avril afin que les étudiants puissent boucler leur école de recrues avant d’entrer à l’université. Irréaliste quand on sait qu’aujourd’hui, certains cantons finissent de faire passer leurs matu aux bacheliers... le 15 juillet. I

 
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