Dimanche, 19 mai 2013

«Je vais à la Cour des comptes pour servir l’Etat»

LUNDI 17 SEPTEMBRE 2012
François Paychère: «Quand j’évalue objectivement le travail de la Cour, je n’ai pas l’impression qu’elle dysfonctionne.»
Jean-Patrick Di Silvestro

ÉLECTION • Candidat du Parti socialiste, François Paychère entend récupérer le siège de magistrat titulaire occupé par Daniel Devaud.

Il avait été le candidat malheureux au poste de procureur de la République, en 2008, face à Daniel Zappelli. Le 24 octobre prochain, François Paychère, aujourd’hui juge à la Cour de justice, briguera un mandat de magistrat titulaire à la Cour des comptes. Cette fois-ci, il ne se retrouvera pas face à la droite, mais à ses côtés. En effet, les quatre partis gouvernementaux – Parti socialiste, Verts, PDC, PLR – ont décidé de présenter une liste commune où devraient figurer l’actuel président de la Cour des comptes, le vert Stanislas Zuin, la PLR Isabelle Terrier, avocate et présidente de la commission d’évaluation des politiques publiques, ainsi que François Paychère. Une bonne stratégie? Il nous livre ses explications.

Vous vous ennuyez à la Cour de justice?
François Paychère: Non. En Suisse, on ne planifie pas sa carrière dans la magistrature. Il se trouve que la Cour des comptes se renouvelle maintenant, il n’y a qu’un seul sortant, je saisis l’opportunité.

Antoinette Stalder n’a pas terminé son mandat, Daniel Devaud sera resté un an, et vous, combien de temps pensez-vous vous maintenir en poste?
Si j’y vais, c’est pour rester plusieurs années.

Pour faire quoi?
Ma spécificité, ce sont mes compétences techniques. J’ai travaillé dans le domaine du droit public en tant que greffier au Tribunal fédéral, puis douze ans au Tribunal administratif, à Genève. Depuis 2006, j’effectue régulièrement des missions, dans le domaine de la qualité de la justice, pour le Conseil de l’Europe, en Géorgie et en Tunisie notamment.

Vous évoquez vos compétences, mais quelles valeurs entendez-vous défendre?
Des valeurs personnelles, je n’entends pas être le hérault du Parti socialiste: l’indépendance, la rigueur intellectuelle, la défense de l’Etat. Au contraire de M. Nidegger, je ne suis pas partisan de moins d’Etat. Je vais à la Cour des comptes pour servir, c’est-à-dire aider les collectivités publiques à utiliser au mieux les ressources disponibles, en fonction des buts fixés. Si on veut intervenir à un autre niveau, il faut se présenter au Conseil d’Etat.

Vous aurez 54 ans le week-end de l’élection. Que répondez-vous à ceux qui souhaiteraient davantage de sang neuf au sein de la Cour des comptes?
Les magistrats de la Cour des comptes n’ont pas de moyens de coercition, ils sont obligés de convaincre. Mieux vaut avoir de la bouteille.

Daniel Devaud ne se représente pas car il estime que la Cour ne fonctionne pas bien. Cela vous interpelle-t-il?
Après lecture des rapports et pour être moi-même passé à travers un processus d’audit, au sein du pouvoir judiciaire, j’ai trouvé que les méthodes de travail de la Cour des comptes étaient bonnes, leurs recommandations judicieuses. Quand j’évalue objectivement son travail, je n’ai pas l’impression qu’elle dysfonctionne.

Selon vous, quels secteurs de l’Etat faudrait-il auditer en priorité?
Là où les transferts d’argent sont les plus importants: dans le domaine de l’énergie, des subventions, des prestations sociales. La Cour des comptes a d’ailleurs déjà débuté ce travail.

Les quatre partis gouvernementaux présentent une liste commune, se répartissant les postes avant l’élection. Ne craignez-vous pas que cela décrédibilise l’institution?
Cela me semble au contraire représenter une évolution positive dans le paysage politique genevois, une façon de reconnaître que la Cour des comptes joue un rôle particulier et que le choix des citoyens ne doit pas être soumis à des guerres partisanes. En outre, cela est déjà le cas de la magistrature judiciaire, hormis pour le poste de procureur général.

En fait de choix, il se situera entre la liste unique gauche/droite et celle d’extrême droite...
L’élection ne serait pas plus légitime s’il y avait dix candidats. Que toute personne qui le souhaite, et corresponde aux critères prévus, puisse se présenter constitue, pour moi, le réel fondement démocratique du système. Quand aux électeurs, ils sont libres de barrer un nom ou d’en ajouter un autre. I

Vous devez être loggé pour poster des commentaires