Samedi, 18 mai 2013

Une même protection pour tous

SAMEDI 15 SEPTEMBRE 2012

La tendance s’est furieusement inversée. Donnée gagnante jusque-là, l’initiative contre le tabagisme passif de la Ligue pulmonaire échouerait dans les urnes le 23 septembre, selon le dernier sondage SSR publié mercredi. Le texte vise à interdire tous les restaurants fumeurs restants, ainsi que les fumoirs avec service. La loi minimaliste en vigueur au plan fédéral permet en effet aux établissements de moins de 80 mètres carrés de rester fumeurs. Les serveurs doivent avoir donné leur consentement pour être exposés à la fumée passive.

Même en Suisse romande, l'initiative prendrait l’eau. Pourtant, des législations plus restrictives qu’au niveau suisse y sont bien vécues. A Genève, une enquête montre que neuf personnes sur dix sont satisfaites!

Sur le front de la santé publique, les bénéfices sont indéniables: l’Hôpital cantonal a enregistré une importante baisse des hospitalisations pour infarctus et affections respiratoires, seulement dix-huit mois après l'entrée en vigueur de l'interdiction de fumer. Une étude bâloise montre que les serveurs ont gagné trois ans d'espérance de vie!

Ces interdictions dépeintes par leurs adversaires comme liberticides sont au contraire gage de vie. Elles préservent la santé des non-fumeurs et des employés, qui n'ont pas à être exposés à ce produit toxique. L'enquête genevoise montre que les fumeurs eux-mêmes sont en majorité, dans un lieu clos, incommodés par la fumée.

L'argument du fédéralisme ferait pencher la balance vers le non, selon l'institut qui a réalisé le sondage SSR. Une majorité ne voudrait pas «forcer la main» à des cantons libres de se montrer plus restrictifs s'ils le souhaitent.

Mais le fédéralisme a bon dos, et ce prétexte devient carrément… fumeux quand on l’entend dans la bouche de progressistes. Car il revient à accepter de créer deux catégories de travailleurs. Les serveurs dignes d'être protégés, et les autres. L'argument du consentement ne sert qu'à soulager les consciences. Laisserait-on un ouvrier, même consentant, manipuler des produits toxiques sans protection? Petite piqûre de rappel: travailler huit heures dans la fumée équivaut à consommer soi-même 15 à 38 cigarettes!

Enfin, contrairement à ce que font croire ses adversaires, l'initiative n'est pas extrémiste, puisqu'elle stipule explicitement que le législateur prévoira les exceptions. Le risque n'est pas de voir émerger une loi d'application plus sévère que dans les cantons romands. Mais plutôt qu'en cas de oui, la droite la vide le plus possible de son sens, à l'instar du sort réservé à l'initiative Weber sur les résidences secondaires.

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