Pas de pub en ligne pour la SSR
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MÉDIAS • En l’absence d’un accord entre service public et éditeurs, Berne a tranché: la publicité n’est pas autorisée sur les sites internet de la SSR, du moins «pas encore».
Ça s’apparente à une victoire pour les éditeurs de journaux dans le long bras de fer qui les oppose à la SSR. Le Conseil fédéral a décidé de ne pas autoriser les télévisions et radios du service public à accueillir de la publicité sur leurs pages internet. Du moins «pas encore», a précisé hier la ministre de la Communication, Doris Leuthard, qui laisse cette possibilité ouverte «à moyen terme». Selon certaines estimations, l’interdiction pourrait tomber d’ici cinq ans.
Editeurs soulagés
«C’est un soulagement plus qu’une victoire», réagissait hier Daniel Hammer, secrétaire général de Médias Suisses. Pour Doris Leuthard, il s’agit avant tout de laisser le temps aux éditeurs privés, déjà frappés par l’érosion des recettes publicitaires, de renforcer leurs propres sites online sans qu’ils aient à subir la concurrence de la SSR au niveau de la publicité. «Le problème va resurgir. Dans trois ou cinq ans, on ne sait pas encore où en seront les journaux avec le développement de leurs sites internet», observe Daniel Hammer.
Pour Thierry Mauron, éditeur de «La Liberté» et membre du comité romand de Médias Suisses, mieux vaut considérer le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide... Avec la SSR, les négociations étaient «tendues». «Plusieurs compromis ont été proposés. Les éditeurs ont ainsi reconnu à la SSR le droit à bénéficier de la redevance.» Au bout du compte, c’est «quand même une décision assez tranchée et une victoire», estime Thierry Mauron.
En juin 2010, le Conseil fédéral avait pourtant autorisé la SSR à exercer une activité commerciale sur l’internet. Malgré des rapprochements, le service public et les éditeurs n'ont jamais réussi à s'entendre sur l'offre en ligne. Qualifiant ce désaccord de «petite guerre», Doris Leuthard ne veut pas dramatiser: entre les deux domaines, des coopérations sont possibles. «Par exemple, il y a un intérêt pour les journaux à pouvoir accéder aux archives de la SSR.»
La possibilité de recourir à la publicité en ligne interviendra dès le moment où les recettes publicitaires de la SSR seront en péril. Compte tenu de leur évolution positive depuis deux ans, le Conseil fédéral estime que cette évolution est «prématurée». Sans donner de date précise pour la fin de l’interdiction, Doris Leuthard estime qu’en 2017, la SSR aura besoin de nouvelles recettes publicitaires.
Concession assouplie
Dans l’immédiat, le gouvernement souhaite concéder davantage de possibilités journalistiques à la radio-télévision. Depuis l'octroi de la dernière concession en 2007, les médias classiques perdent du terrain au profit des offres en ligne. «Le jeune public veut être informé sur son smartphone», observe la conseillère fédérale. Un assouplissement de la concession sera proposé d’ici le printemps 2013 pour permettre à la SSR d’affronter la concurrence transfrontalière. Il lui sera alors possible de publier en ligne des contenus qui ne sont pas liés à ses émissions. Les éditeurs y sont favorables pour autant qu’il s’agisse de contenus sonores et audiovisuels, et pas d’un journal en ligne. «On ne pourrait plus lancer des modèles payants et viables si la SSR en propose gratuitement», prévient Daniel Hammer.
Le gouvernement a en outre chargé le Département de la communication d'élaborer un projet en vue de la création d'une commission extraparlementaire des médias. Elle aurait notamment pour tâche d'évaluer les besoins du public dans un contexte de mutation des médias.
Dans une prise de position communiquée hier, la SSR regrette de ne pas pouvoir compenser sa probable baisse de revenus publicitaires par les annonces en ligne. Mais elle se félicite du projet de modification de la concession: «A l’avenir, le service public pourra atteindre les utilisateurs là où ils sont, c'est-à-dire davantage sur internet».






