C’est un personnage à la réputation pour le moins sulfureuse qui fera prochainement escale à Genève. Leader du New Black Panthers Party, une organisation noire ségrégationniste, Kemi Seba y discourra le 27 octobre sur le thème du «panafricanisme de construction». Proche des mouvements d’extrême droite, l’activiste français est l’invité de l’antenne suisse d’Egalité et Réconciliation, comme le révèle Gauchebdo dans son édition d’aujourd’hui. Si le lieu de la conférence est pour l’heure tenu secret par les organisateurs, qui invoquent «des raisons de sécurité», elle pourrait se tenir à l’hôtel Crown Plaza. L’hebdomadaire rappelle qu’en février cet établissement avait déjà accueilli l’idéologue «national-révolutionnaire» Alain Soral, fondateur d’Egalité et Réconciliation.
Sur son site internet, Kemi Seba se présente comme un «prédicateur polémiste et dissident panafricain». Il est le «ministre» de la section francophone du New Black Panthers Party, un groupuscule (sans filiation avec les Black Panthers canal historique) qui défend, entre autres, le «rapatriement» des Noirs vers le continent africain. En 2010, celui-ci avait défrayé la chronique en ouvrant, à Plaisir (Yvelines), un centre de loisirs réservé aux enfants de couleur.
Adepte de l’intimidation
Mais Kemi Seba est d’abord connu comme membre fondateur de la Tribu Ka, un groupe extrémiste créé en France en 2004. Se revendiquant du kémisme (religion de l’Egypte ancienne), il prône un suprématisme noir et une stricte séparation avec les «leucodermes», terme utilisé pour désigner les Blancs. «Kemi Seba est un racialiste intégral, qui a renversé la pyramide raciale élaborée au XIXe siècle: le peuple civilisateur n’est plus celui des Aryens, mais l’Africain noir», analyse le politologue Stéphane François, cité par Gauchebdo.
Avec la Tribu Ka, Kemi Seba s’est surtout distingué pour ses positions antisémites et révisionnistes, imputant aux juifs la responsabilité de l’esclavage et de la traite négrière. «Sa théorie est que les sionistes et les juifs sont à l’origine de toute l’entreprise de stigmatisation et de ségrégation des Noirs», résume Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD).
Au-delà des mots, le mouvement a aussi été adepte de l’intimidation. Il s’est particulièrement illustré en mai 2006 à Paris, lors d’un défilé musclé rue des Rosiers, connue pour héberger une importante communauté juive. Le groupe disait alors avoir cherché à en découdre avec les membres du Betar et de la Ligue de défense juive, qu’il accusait d’avoir tabassé des Noirs lors d’une marche en mémoire d’Ilan Halimi, la victime du «gang des barbares». Cette propension à l’action violente a finalement conduit à la dissolution de la Tribu Ka, assimilée à un groupe de combat.
Interdire le meeting?
Kemi Seba, Stellio Capo Chichi de son vrai nom, a pour sa part été à plusieurs reprises condamné pour incitation à la haine raciale et antisémite, et pour reconstitution de ligue dissoute. Interdit de sortie du territoire français, il l’a néanmoins quitté en 2011 pour s’établir au Sénégal, d’où il continue de diriger la branche française des New Black Panthers, tout en animant une émission radio.
Pour sa venue à Genève, la CICAD appelle à la vigilance. «J’attends des autorités qu’elles soient extrêmement attentives à ce qu’il n’y ait pas de débordements racistes ou antisémites au cours de cette conférence. Si des propos contraires à la norme pénale antiraciste devaient être tenus, Kemi Seba devra en répondre devant la justice», déclare Johanne Gurfinkiel.
Vu le risque de dérapages verbaux, mais aussi d’éventuels débordements en marge de la conférence, le canton pourrait-il envisager d’interdire le meeting? «Pour l’heure, bien que nous soyons au courant de la tenue de cette conférence, nous n’avons pas reçu de demande d’autorisation officielle. A ce stade, comme il n’y a pas d’information concrète sur la nature et le lieu de cette manifestation, on peut difficilement instruire quoi que ce soit, vu qu’il n’est même pas certain qu’elle soit soumise à autorisation. Nous suivons néanmoins la situation», assure Laurent Forestier, porte-parole du Département de la sécurité. Contactés par mail, les responsables locaux d’Egalité et Réconciliation n’ont pas donné suite.
de Couleur ?????
Quand je suis né, j’étais noir Quand j’ai grandi, j’étais noir Quand je suis au soleil, je suis noir Quand j’ai peur, je suis noir Quand j’ai froid, je suis noir Quand je suis malade, je suis noir Et quand je mourrai, je serai noir Tandis que toi, « Homme blanc » Quand tu es né, tu étais rose Quand tu as grandi, tu étais blanc Quand tu vas au soleil, tu es rouge Quand tu as peur, tu es vert Quand tu as froid, tu es bleu Quand tu es malade, tu es jaune Et quand tu mourras, tu sera gris Et c’est moi que tu appelles « Homme de Couleur »