Vendredi, 24 mai 2013

Ancrage amoureux

DIMANCHE 16 SEPTEMBRE 2012

ROMAN • «L’AMER ORANGE» DE TEODORO GILABERT

«C’est dans mes lectures maritimes que j’ai su comment entrer en contact avec Julia, grâce à des signaux lumineux en Morse.» L’Amer orange, dernier roman de Teodoro Gilabert, recèle un certain humour. Dans cette fiction que publie l’écrivain des Pages roses et de La Belle mauve, un narrateur qui cherche un moment de solitude pour écrire loue une étrange maison orange sur la côte méditerranéenne, dans la région des calanques, près de Marseille. Là-haut, dominant la mer et jouissant d’un bon poste d’observation, le protagoniste s’attelle à l’écriture d’un livre, prêt, à première vue, à habiter en ermite cette demeure qui sert de repère, ou d’amer en jargon maritime, aux bateaux cinglant à proximité.
Mais le narrateur ne s’est pas coupé du monde seulement parce qu’il entend rédiger au calme son futur roman. Il ne se retranche d’ailleurs jamais tout à fait puisqu’il guette les allées et venues de ceux qui fréquentent la calanque. Il consigne même ce qu’il voit dans un journal de bord d’allure souvent fantasmatique. L’arrivée d’un bateau haut de gamme géré par un équipage de charme sorti tout droit d’un magazine people met le personnage central en alerte. Il noue à distance, d’abord, ensuite de près, un lien avec l’une des jeunes femmes employées à bord du yacht. C’est à elle qu’il adresse un message en code Morse en utilisant une lampe-torche. Jeu estival d’un homme qui s’ennuie? L’Amer orange déborde de tout cadre réaliste, vire au rêve, au fantasme, et l’imagination fertile du narrateur dilue les repères tout en menant le lecteur de surprise en surprise.C’est là le principal atout du livre. Le but avoué de cette quarantaine volontaire dans la maison orange en cache un autre: l’écrivain exilé en ce lieu prend un prétexte pour faire le point sur sa vie et écrire sur la permanence de ses sentiments envers une autre femme à l’endroit même de leur idylle, vingt ans plus tard. En somme, L’Amer orange est avant tout une déclaration d’amour.

 

TEODORO GILABERT, L’AMER ORANGE, ED. BUCHET CHASTEL, 2012, 186 PP.

 
Le Courrier
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