Lundi, 20 mai 2013

Contagion

DIMANCHE 16 SEPTEMBRE 2012

BD • «LA GRÖCHA» DE PEGGY ADAM

Chez Atrabile, les parutions se suivent mais ne se ressemblent pas. Dans La Gröcha («la crasse» en romanche), Peggy Adam – auteure de la rubrique «La bande dessinée des autres», qui apparaît régulièrement dans le Mag du Courrier – met en scène une Suisse frappée par une terrible épidémie. Certaines villes sont mises en quarantaine, empêchant les personnes contaminées d’en sortir. Derrière leurs masques respiratoires – rendus obligatoires –, Emma et Marc vivent mal ce confinement. Endeuillé par la perte de leur petite fille, le couple rêve de s’échapper, de partir vers son chalet de montagne. Une forme de pèlerinage. Seulement, la présence, visible, des symptômes de la maladie sur le corps d’Emma l’oblige à rester en arrière.
Peggy Adam met en scène dans ce récit intimiste les thèmes du couple, de la maladie et de la mort, déjà présents ici ou là dans ses précédents albums. Jouant sur les allégories, elle nous parle de culpabilité enfouie et tenace, de celle qui ne se laisse pas oublier et ressort sur les personnages, comme les taches cutanées de l’épidémie.
Trait fin et lavis de peinture donnent corps à cette tragédie et dévoilent une Suisse en dégradé de gris. Oscillant entre les grands espaces ensoleillés et les ombres des forêts et des nuits, les paysages occasionnent une grande alternance de style graphique et d’ambiance. Cinq ans après ses dernières publications, l’évolution du style de la Genevoise est bien visible: comparé à Luchadoras ou la série des Plus ou moins..., le dessin se montre moins sobre, arborant des décors plutôt précis et détaillés. Avec certains jeux de style délicat, comme cette encre qui vient s’embuer d’eau quand Marc se retrouve sous la pluie. Une forme de poésie inhérente au récit, malgré toute cette gröcha qui l’habite.

 

PEGGY ADAM, LA GRÖCHA, ÉD. ATRABILE, 2012, 104 PP.

 
Le Courrier
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