Mercredi, 22 mai 2013

Noémie Lvovsky, l’âge du jeu

DIMANCHE 16 SEPTEMBRE 2012
Photo. La réalisatrice Noémie Lvovsky est Camille à l’écran.
PATHE

COMEDIE La réalisatrice et actrice française Noémie Lvovsky retombe en adolescence dans «Camille redouble». Drôle et mélancolique, son nouveau film questionne le passage du temps. Rencontre.

En 1999, La Vie ne me fait pas peur, son deuxième long métrage, remporte le Léopard d’argent du Festival du film de Locarno. Août dernier, la cinéaste, actrice et scénariste française Noémie Lvovsky revient dans la cité tessinoise comme membre du Jury et avec dans ses bagages Camille redouble, sa cinquième réalisation, présentée sur la Piazza Grande. Deux films qui interrogent l’adolescence. Dans La Vie..., elle est folle, survoltée et initiatique. Camille redouble se veut le miroir plus apaisé et contrasté de cette période de vie, à la manière d’un journal intime feuilleté bien des années après.
Camille, Noémie Lvovsky à l’écran, la quarantaine clopeuse-alcoolique est une actrice de seconde zone. Et son mariage avec Eric (Samir Guesmi) est allé à vau-l’eau. Lors du Réveillon, Camille entourée de ses trois copines – le quatuor de La Vie... joyeusement reformé – noie sa dépression dans le whisky. Ivre, elle s’effondre... et se réveille adolescente. Retour dans son passé des années 1980: ses parents (Yolande Moreau et Michel Vuillermoz, touchants) sont encore vivants, ses copines jeunes. A l’école, elle (re)fait la connaissance d’Eric, ce bellâtre dont elle (re)tombe amoureux. Vertige assuré pour Camille qui revit cette adolescence du haut de ses 40 ans d’existence.
Par ce dispositif qui rappelle Peggy Sue s’est mariée de Francis Ford Coppola (1986), Noémie Lvovsky poursuit sa réflexion sur le passage du temps et la perception de l’âge. Camille nous invite à imaginer si, avec le recul des années, nous aurions fait les mêmes choix, évité telles erreurs, en amour notamment. Clown triste, Camille instille en toute simplicité et légèreté des pensées existentielles et métaphysiques.
Noémie Lvovsky, brillante actrice de second rôle, embrasse donc avec justesse et délicatesse ce personnage principal coécrit avec sa complice de toujours Florence Seyvos. Du sur-mesure, est-on tenté d’ajouter, tant cette figure de femme à la folie douce, euphorique et déprimée, et si aimante, laisse transparaître un peu de la vraie Noémie Lvovsky. L’actrice réussit un numéro d’équilibriste, entre le rêve et la réalité, sur le fil de la vie, de ses joies, ses deuils et ses désillusions. Rencontrée à Locarno, Noémie Lvovsky replonge dans le monde de Camille redouble.

Au départ, vous n’aviez pas prévu de jouer Camille.

Noémie Lvovsky: Je suis incapable de me proposer un rôle. Je joue parce qu’on me désire dans un rôle et parce que je peux me mettre au service d’un film et me fondre dans l’univers d’un réalisateur. Faire ça pour soi-même, c’est impossible. Mais Jean-Louis Livi, le producteur, avait la conviction que je devais le jouer. J’ai fait des essais et me suis lancé.

Ce personnage vous était-il trop proche pour accepter tout de suite de le jouer?

– A l’époque, quand on me demandait si mes films étaient autobiographiques, j’étais gênée. Comme l’histoire de Camille est racontée par le biais de la science-fiction, un voyage dans le temps de fait impossible, j’ose dire que ce scénario est inspiré de mon vécu. Même si c’est impossible de faire un voyage dans le passé, mentalement je l’ai fait et grâce au film mon corps a suivi puisque je l’ai joué.

Votre direction des comédiens est-elle inspirée de votre expérience d’actrice?

– Les acteurs m’ont fait venir à la mise en scène. C’est un désir de les filmer qui me permet de faire un film. Mais je ne suis pas comédienne. Par hasard et pour des amis, je travaille depuis quelques années comme actrice. Je n’ai pas suivi de formation et je n’ai pas fait de théâtre. Je n’ai pas la discipline et les inquiétudes d’une actrice professionnelle qui peut par exemple avoir peur de vieillir ou qui dépend des envies des metteurs en scène. Je n’ai pas cette vie-là. Mais je prends chacun de mes rôles très à cœur. Un très profond désir de jouer m’habite. Je trouve cette aspiration et cette vocation magnifique. Ce sentiment est au cœur de mon rapport aux acteurs.

Eric et Camille ados répètent Les Amoureux de Goldoni; le choix de cette pièce n’était pas anodin.

– Elle est à bien des égards déterminante dans mon parcours. Dès 11 ans, je veux devenir actrice de théâtre. Comme je n’ai pas l’impression d’avoir mes mots à moi, je dois dire mes sentiments avec les mots des autres. Je lis de nombreux auteurs de théâtre et en été je fais des stages. A 15 ans, je passe une audition avec une scène des Amoureux de Goldoni. Je ne suis pas prise. On me dit que je suis soit trop grosse, trop vieille ou trop jeune. Je décide sur le champ de ne plus jamais devenir comédienne. D’autre part, je voulais cette pièce pour ce film car ce texte est éclatant de jeunesse et de mouvement, notamment dans le rythme des dialogues et le jeu des deux personnages.

Vos seconds rôles (Les Beaux gosses, L’Apollonide, 17 Filles) ont souvent un rapport avec l’adolescence. Et dans ce film, vous redevenez une ado; qu’est-ce qui vous intéresse dans cette période de la vie?

– C’est un âge de transformations passionnant, similaire à un parcours de montagnes russes. Durant une même journée, on passe du désespoir le plus profond à l’euphorie la plus grande. Et tout est possible à cet âge. L’avenir est une grande inconnue qui rassemble toutes nos aspirations et nos rêves.

Comparé à La Vie..., on vous sent beaucoup plus nostalgique dans Camille redouble.

– Ce n’est pas de la nostalgie car je n’ai pas de regrets. Même si mon adolescence n’a pas toujours été heureuse, si je devais la revivre, je me dis que ça pourrait être pire. Par contre, une mélancolie, une saudade, habite ce film comme d’ailleurs La Vie.... Camille redouble raconte la perte de la jeunesse, des parents, des amies, de l’amour et les questions que ceci provoque. Des questions que l’on se pose tout le temps, quelque soit notre âge.

 
Le Courrier
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