Les Acteurs de la scène musicale suisse voient rouge
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TÉLÉCHARGEMENT • Le lobby des musiciens suisses s’insurge contre la pub des grandes firmes sur les sites pirates.
«Les grandes entreprises helvétiques sponsorisent la piraterie sur internet», dénoncent les Acteurs de la scène musicale suisse. Ce lobby regroupe les principaux acteurs des musiques actuelles helvétiques: Stephan Eicher, Yello, Sophie Hunger, Heidi Happy, Favez, Gotthard, DJ Bobo, Michael von der Heide... Objet du courroux, les «basses pratiques» de Swiss, Sunrise, Swisscom, Orange, du TCS ou encore de la Bâloise. Captures d’écran à l’appui.
Qu’y voit-on? Que les grandes firmes n’hésitent pas à placer des bandeaux publicitaires sur des sites pirates comme Plixid, Isohunt ou Torrentreactor, où l’on peut se procurer les derniers albums de Stress, Heidi Happy ou Aloan d’un coup de clic et sans bourse délier. «Cette absurdité est le fruit de la dérégulation», déplore Christian Wicky, chanteur du groupe Favez et porte-parole des Acteurs de la scène musicale suisse. «Ces grosses compagnies, qui n’aimeraient sans doute pas se voir associées à la piraterie, placent leurs publicités sur des sites illégaux par le biais de Google AdSense (la régie publicitaire du moteur de recherche, ndlr). C’est révélateur du tournant inquiétant pris par internet. Auparavant, les sites qui proposaient illégalement de la musique étaient sponsorisés par d’obscures publicités pour le poker en ligne ou la prostitution. Aujourd’hui, on voit que les grandes entreprises suisses ont pris le relais. Nous les mettons face à leurs responsabilités.»
Pour le musicien, une régulation concernant Google est indispensable. Le filtrage y est insuffisant et de nombreux sites pirates y sont référencés, drainant leur lot de pubs et donc des gains illicites. «Je suis au courant de ces pratiques», réagit Emanuel Meyer, juriste à l’Institut fédéral de la propriété intellectuelle. «On peut se demander dans quelle mesure elles relèvent de la complicité de crime au sens de la loi.»
Situation insatisfaisante
En mars 2010, la conseillère aux Etats socialiste Géraldine Savary avait interpellé le Conseil fédéral sur la nécessité d’une loi contre le téléchargement illégal. Les sept Sages avaient estimé que la loi actuelle constituait un compromis acceptable. En Suisse, le téléchargement à des fins privées demeure autorisé, seule la mise à disposition de fichiers sur la Toile étant punissable.
Mais cette situation ne satisfait pas les Acteurs de la scène musicale suisse: «Internet, pour beaucoup d’artistes, est une chance de se faire connaître, admet Christian Wicky. L’échange non marchand doit être permis, mais pas la piraterie. Ceux qui font du profit sur le dos des artistes – tels Megaupload ou Pirate Bay – doivent être empêchés. Et les sociétés de cartes de crédit doivent refuser de rétribuer ceux qui exploitent en ligne des produits échappant au droit d’auteur.»
Refusant l’étiquette de «réactionnaire», le musicien-lobbyiste insiste sur le droit de ceux qui investissent de l’argent dans la production musicale à obtenir une juste rétribution. «Une solution doit pouvoir être trouvée. Nous dialoguons avec tout le monde, même avec le Parti pirate.» Un forum de réflexion semi-public baptisé «The Future of Music» doit voir le jour prochainement.
Un groupe de travail
Le chantier est aussi ouvert au plan fédéral. A l’initiative de Simonetta Sommaruga, cheffe du Département fédéral de justice et police, un groupe de travail a été créé pour adapter le droit d’auteur à l’environnement numérique. «Le mandat est large, sans tabous», assure Emanuel Meyer, qui en assurera le secrétariat. «Il faut trouver de nouvelles approches à des problèmes nouveaux. Balthasar Glättli et Luc Recordon (respectivement conseiller national et conseiller aux Etats écologistes, ndlr) ont proposé une redevance forfaitaire (flatrate), comme pour les photocopies, les supports vierges et les smartphones. Les ayants droit ne sont pas enchantés, mais c’est une piste que le groupe pourrait explorer parmi d’autres.»
Rendez-vous en 2013 pour les recommandations du groupe, dont la composition sera connue aujourd’hui. Suisseculture, la faîtière des créateurs artistiques, y déléguera six membres, aux côtés des représentants de l’industrie et des consommateurs. I





