Domus domine
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BÂTIE • Avec «Hic», YoungSoon Cho Jaquet compose des variations pour cinq danseurs, qui s’imposent crescendo dans un habitacle nomade.
Belles hauteurs de plafond, parquet de bois clair et lustré. Un descriptif qui donnerait envie de visiter l’appartement. On précisera que les parois blanches sont gonflables et qu’elles s’érigent en fait à ciel ouvert sur une surface rectangulaire. Pas d’effet de claustrophobie. Au contraire, il y a largement de quoi laisser passer les courants d’air, comme l’a voulu YoungSoon Cho Jaquet dans sa dernière création – à voir à La Bâtie jusqu’à samedi, après L’Arsenic de Lausanne. Outre les visiteurs tous bien calés sur leur chaise blanche à l’intérieur, les danseurs, eux, composent le mobilier mobile de Hic.
Domotique bien huilée
Ca se passe donc «ici» – en latin – entre une lumière blanche et crue, et les regards interrogateurs du public face à soi. Car les aller et venues des cinq danseurs et danseuses auraient d’emblée un petit quelque chose d’abscons, le bruit de leurs talons pour seule musique, si la raideur de l’interprète quasi automate au départ ne révélait au final le transfuge de la matière corporelle en une figure, humaine peut-être, animale parfois, ouverte au lâcher-prise, désolidarisée de l’objet qu’elle matérialise.
Pauline Wassermann, Mathieu Parola, Jean-Nicolas Dafflon, Mike Winter et la danseuse et chorégraphe apprivoisent peu à peu l’habitacle créé pour Hic. L’un y pénètre, l’autre en sort, dans un chassé-croisé de regards qui se toisent, comme chiens et chats ne montrant plus patte blanche. Ils déambulent, vont et viennent, droits comme des soldats de plomb tachetés d’un jaune soleil en guise de pull ou encore d’un rouge, d’un bleu ou d’un vert gazon.
Les couleurs primaires rappellent qu’à eux cinq, ils offrent la palette de toutes les combinaisons possibles du mouvement, répété dans des variations pour corps distants, pupilles rivées sur le lointain. La mécanique de leur gestuelle orchestre une domotique bien huilée. L’ordre règne dans la maisonnée.
Frénésie gourmande
Une fois leurs marques prises dans l’espace qu’ils habitent, ils s’assoient, s’accroupissent, s’alignent, s’associent, se tournent le dos, à l’image d’un jeu de dominos. Délient aussi leur langue dans un jargon incompréhensible. Car oui, après tout, le langage n’est qu’humain. Puis la rigidité s’estompe peu à peu pour se nourrir enfin d’une frénésie gourmande: le corps pelotonné découvre la rondeur et l’amplitude de ses formes, les postures se modulent sous des coutures nouvelles au sol. Et la marche s’actionne à reculons, dans une accélération rythmique semant le chaos. La voie s’ouvre à la contorsion et à la distorsion des membres. Le souffle des interprètes se fait guttural; la bande-son, elle, jette une pluie battante sur le logis, quand un chien ne jappe pas au loin. Après cette transe épileptique, les danseurs posent un pied devant l’autre. En moines bouddhistes, ils quitteront finalement l’arène, zen.
Affichant pas mal d’heures de vol depuis la création de sa compagnie en 2003 – pièces, performances, spectacles pour enfants –, la chorégraphe helvético-coréenne interrogeait déjà le quotidien en présence d’objets utilitaires avec Champignons et Pilze, en 2009. YoungSoon Cho Jaquet poursuit ici sa route chorégraphique – et domotique – en atteignant une forme d’épure créée par le seul langage du corps dans une pièce ludique qui impose sa dynamique crescendo.
Ce soir à 19h, ve à 21h, sa à 18h et 21h. Atelier pour enfants (8-10 ans) autour de Hic sa à 11h. Uni Mail, Salle 180,
40 boulevard du Pont-d’Arve, Genève, www.batie.ch





