Mardi, 21 mai 2013

Grégoire Junod reprend la police

MERCREDI 12 SEPTEMBRE 2012

LAUSANNE • Le socialiste insiste sur la «réappropriation de l’espace public» et la répression des consommateurs de drogues. Il ne veut pas être «l’otage de déclarations trop carrées», à la façon de Daniel Brélaz.  
 

C’est Grégoire Junod qui reprend la responsabilité politique de la Police municipale de Lausanne des mains de Marc Vuilleumier. Le socialiste donne la Culture au syndic vert Daniel Brélaz et conserve le logement. Marc Vuilleumier garde les sports et dirige désormais l’intégration, anciennement chez Oscar Tosato, et les assurances sociales, transmises par Grégoire Junod.
«Ce défi, je suis prêt à le relever, avec fermeté, pragmatisme et dans le respect de mes valeurs: la justice et l’Etat de droit», affirme Grégoire Junod. Le nouveau municipal de police préfère les déclarations de principe aux annonces précises. L’éradication du deal de rue en 2013 ou 2014, comme l’a dit Daniel Brélaz mi-juillet, ne figure-t-elle donc plus parmi les objectifs de la municipalité? Avant de laisser répondre Grégoire Junod, le syndic s’évertue à corriger: «Cela n’a jamais figuré parmi les objectifs de la municipalité, mais on peut s’en rapprocher au maximum possible.»

Message pour les troupes
Quant à Grégoire Junod, à qui la question s’adresse, il avertit: «Je ne souhaite pas aujourd’hui fixer d’objectif de date ou de chiffres. Nous viendrons avec des mesures concrètes rapidement. Nous nous fixons un cap mais nous ne voulons pas être l’otage de déclarations trop carrées.»
Grégoire Junod a avant tout un message pour les troupes: «Un irrespect se manifeste à l’égard de la police. C’est inadmissible que l’autorité publique et les forces de l’ordre soient remises en cause. Je veux rassurer le corps de police. Je veillerai à lui assurer de bonnes conditions de travail.»
Le socialiste insiste ensuite sur la «collaboration étroite» qu’il souhaite avec la police cantonale et la justice. Le prochain rendez-vous, c’est le plan de mesures pour «calmer les nuits lausannoises.» Avant de présenter ce plan, Grégoire Junod entend en «discuter» avec la ministre cantonale de la Sécurité, Jacqueline de Quattro, et le Conseil cantonal de sécurité, où il a désormais un siège permanent.

Une pression nouvelle
Il insiste ensuite sur la «préservation de l’espace public», comme «l’enjeu majeur»: «L’appropriation de l’espace public, notamment par les dealers, est allée beaucoup trop loin. Il n’est pas acceptable que les enfants ne puissent pas jouer dans un parc public, ni qu’une femme ne puisse pas marcher seule à la rue de Bourg à 22  heures.»
Grégoire Junod souhaite une pression nouvelle sur les consommateurs de drogue, alors que la chaîne pénale peine à réprimer les dealers. «C’est sans doute par ce biais-là que nous pourrons avoir une action efficace pour réduire la scène ouverte de la drogue.» En corollaire, «le sentiment d’impunité» doit être combattu en «restaurant peu à peu le travail de terrain».
Le syndic Daniel Brélaz évoque la situation vécue au sein de la municipalité. Il fait un mea culpa: sa «communication malheureuse» de juillet, alors que les problèmes d’insécurité s’empilent et créent des tensions entre les partis politiques. Marc Vuilleumier, «attaqué de toute part», a considéré que «sa présence à la tête de la police pouvait devenir nuisible aux intérêts de la police et de la sécurité», résume-t-il. Le syndic assure enfin que la situation sécuritaire est «la plus difficile qu’a connue Lausanne ces cinquante dernières années». I

 

COMMENTAIRE

Thérapie de Groupe

Fin de crise, donc, à la Municipalité de Lausanne. Fin d’une grave crise, marquée par deux ruptures de collégialité successives. En juillet, celle de Daniel Brélaz n’était rien d’autre qu’une mise sous tutelle sévère de Marc Vuilleumier. Puis dimanche dernier, Marc Vuilleumier prenait l’issue de secours: il s’échappait de l’incendie attisé par le pompier pyromane Daniel Brélaz. Ce tapage sur un des sujets majeurs de la politique des villes – la sécurité – se résout donc par une réorganisation apaisante, et pas par une démission que seule la droite demandait. Premier parti dans les villes vaudoises, le Parti socialiste tire son épingle du jeu. Pour exprimer son ras-le-bol du style Vuilleumier, il a su rester discret. Résultat: il place Grégoire Junod sur une rampe de lancement vers la syndicature. A condition, bien sûr, qu’il ne se contente pas de hausser le ton comme aujourd’hui, mais qu’il affiche objectivement une baisse de l’insécurité avant la fin de la législature. L’exécutif lausannois perd un peu de crédibilité, pourtant. Un an et demi après le nouveau triomphe électoral de l’alliance rose-rouge-vert (6 municipaux sur 7), la municipalité aurait pu s’épargner ce psychodrame public. Une thérapie de groupe sur le thème de la collégialité, comme celle que le Conseil d’Etat avait faite il y a une dizaine d’années, ne serait peut-être pas inutile. Pour soigner les brûlures de l’été 2012, mais aussi pour éviter de nouveaux incendies. JCN

 
Le Courrier
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