Une occasion à ne pas manquer
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C’est devenu systématique à Genève. Le débat sur la piétonnisation est aussi pollué que les rues elles-mêmes! Il est avant tout question de stationnement, de survie du commerce, d’insécurité galopante, d’engorgement du trafic… Autant de raisons de s’écharper longuement sur un sujet qui échaude les élus de la République depuis des années. Au final, l’enjeu central qui motive, à la base, la création de zones piétonnes passe au second plan: le droit à disposer d’espaces publics, sûrs et conviviaux, dans une ville qui se densifie jour après jour et qui étouffe sous le poids du trafic motorisé. De même, la menace du «chaos» automobile, brandie par les opposants, fait oublier l’objectif largement partagé d’encourager la mobilité douce.
En Ville de Genève, la votation municipale du 23 septembre, qui porte sur la première phase de réalisation de l’initiative des Verts «200 rues sont à vous» (un crédit de 5,36 millions de francs pour les cinquante premières rues), doit permettre de replacer ces enjeux au centre du débat. Quelle qualité de vie voulons-nous? Qu’a-t-on à perdre à tenter l’expérience des rues piétonnes, que bon nombre de villes suisses et européennes ont menée – et souvent réussie – il y a fort longtemps? A force de tergiverser, Genève a au contraire accumulé un retard considérable en la matière, qui se paie cash aujourd’hui.
Aucun projet n’est parfait, et le plan de mise en œuvre de l’initiative écologiste comporte des défauts. Les opposants y voient un projet «bricolé», manquant de cohérence et mené sans grande concertation. On ne leur donnera pas totalement tort. Une consultation plus large en amont, de l’ensemble des acteurs concernés, a peut-être manqué. Dans ce contexte, même en cas de «oui», il y a fort à craindre que les embûches seront nombreuses avant de voir fleurir bancs, arbres et terrasses sur la chaussée. Les référendaires, d’ailleurs, ne cachent pas leur intention de poursuivre la bataille, s’ils venaient à échouer devant le peuple, alors que le cadre juridique imbriqué entre Ville et canton promet d’inévitables complications. La compensation des places de parking supprimées, notamment, sera un exercice délicat.
La proposition soumise aux urnes est le fruit d’un accord politique, entre les Verts et le Parti démocrate-chrétien, dans le but d’apaiser la légendaire «guerre des transports» genevoise. Comme tout compromis, il est forcément lacunaire et source de frustrations. Mais ce projet a au moins le mérite d’exister. Et les habitants de la Ville de Genève auraient tort de manquer l’occasion d’envoyer un signal clair à leurs autorités. Il est temps – et le temps est long à Genève – de commencer à rattraper les années perdues. A l’inverse, un refus populaire aurait, à coup sûr, pour conséquence d’enterrer durablement toute chance de redonner un peu d’air et d’espace aux citoyens. Plutôt que d’enclencher la marche arrière, faisons un pas en avant!





