Maudet règne en maître sur sa com’
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ÉCLAIRAGE • Entré en fonction au début de l’été, le conseiller d’Etat Pierre Maudet manie l’art de séduire les médias et de contrôler les dires de son département.
Supermaudet, maudet.com, le nouveau magistrat chargé de la Sécurité à Genève excelle dans l’art de communiquer. Capable de juguler la communication interne de son Département de la sécurité (DS) tout en orchestrant ses interventions médiatiques d’une main militaire, Pierre Maudet tranche avec sa chaotique prédécesseure Isabel Rochat. Impossible de passer à côté de sa rentrée médiatique: depuis deux semaines, s’exprimant jusque dans les colonnes de la Sonntagszeitung, le libéral radical était partout. Eclairage.
C’est un communicateur de génie, presque trop surdoué, si bien qu’il commence à susciter les interrogations des journalistes, commente le chroniqueur Pascal Décaillet, qui s’est penché sur le sujet dans le GHI. «Lorsqu’il a quelque chose à annoncer, il ne se contente pas d’une conférence de presse, mais cherche à créer un véritable événement.» C’était le cas lors de la signature d’une convention «historique» sur la criminalité entre l’Etat de Genève et le Ministère public le 31 août dernier, ça l’était également lors de la publication de son rapport sur l’armée en janvier 2011, alors qu’il était en charge de la Sécurité en Ville de Genève.
«Pierre Maudet entretient des rapports privilégiés avec quelques journalistes et fait un calendrier minuté de ses interventions. Rien n’est laissé au hasard», nous raconte Pascal Décaillet.
Si c’est de «bonne guerre» de la part d’un politicien, il appartient aux médias de se montrer critiques. A ce sujet, «la Tribune de Genève apparaît comme la feuille officielle de Pierre Maudet», ne se gêne pas de lancer le journaliste. Le porte-parole du DS Laurent Forestier confirme avoir déjà pris quelques fois ce genre de «contacts proactifs pour que les médias aient le temps de traiter l’information».
Le syndicat apprivoisé
Cette maîtrise de la communication porte aussi ses fruits auprès du moral des troupes. Plus de 1100 policiers se sont hâtés au portillon de l’Arena pour écouter leur nouveau «chef spirituel» il y a deux semaines. Un show «à la hauteur d’un homme politique qui a beaucoup de charisme. Il a su user des bons mots, dans un discours bien préparé, rassembleur, avec du cœur», réagit Christian Antonietti, président de l’Union du personnel du corps de police (UPCP), plus connu jusqu’alors pour ses critiques acerbes à l’encontre d’Isabel Rochat. Pour Pascal Décaillet, «ce raout est un coup de maître qui fait miroir avec
l’échec de cette dernière (les policiers avaient boycotté son discours à la caserne des Vernets en début d’année, ndlr).»
Dans les faits, Pierre Maudet a su amadouer son monde, à commencer par l’UPCP. Après quelques interventions dans la presse écrite au sujet de la démission de la directrice opérationnelle de La Clairière, Dominique Roulin, le président du Syndicat des gardiens de prison ne souhaite plus s’exprimer dans nos colonnes. Il nous renvoie très gentiment à la tête pensante de l’UPCP. Se serait-il fait remonter les bretelles parce qu’il a osé critiquer la légitimité de l’Office pénitentiaire? Après tout, il y a moins d’un an, le magistrat avait tenté, selon nos sources, de faire pression sur le personnel du SEVE (Service des espaces verts et de l’environnement) à la suite d’un article que nous avions publié sur la fusion de ce service avec la Voirie.
Des cadres paranos
Aujourd’hui, Christian Antonietti refuse de parler d’omerta: «Sur la demande de Pierre Maudet, nous avons accepté de ne pas divulguer des intentions, mais uniquement des informations finalisées. C’est important que nous ayons le même langage, justifie-t-il. Le conseiller d’Etat est attentif à ce qui est dit. Il a peut-être une façon militaire d’organiser les choses, mais je suis confiant face à l’avenir. On ne risque pas de nous mettre sous tutelle!»
A l’interne aussi, le magistrat Maudet sait faire passer le message. Moins d’une semaine après sa prestation de serment, le nouveau conseiller d’Etat a transmis ses consignes. Une directive interne du 4 juillet interdit aux collaborateurs du DS de s’exprimer off the record (voir le fac-similé ci-dessus), entre autres. «Il ne s’agit pas de museler les collaborateurs. Nous cherchons simplement à préciser ce que la loi prévoit déjà, c’est-à-dire le devoir de réserve, le secret de fonction ainsi que le devoir de loyauté envers l’Etat», défend Laurent Forestier. Auteur du document qu’il nous a transmis, le porte-parole confirme qu’il s’agit de la toute première directive interne édictée par le magistrat. Y avait-il urgence? «Pierre Maudet avait le souci de définir rapidement le rôle de chacun vis-à-vis des médias.» Les cadres l’ont bien compris, en témoignent les réactions à deux doigts de la paranoïa que nos appels ont suscitées.
Des collaborateurs ont confié au Courrier que la communication était extrêmement verrouillée et cloisonnée. Certains craignent pour leur poste, après la mise à l’écart de Dominique Roulin. L’avenir de Monica Bonfanti, cheffe la police, en inquiète plus d’un, à tort ou à raison. I






