Devoir d’asile déserté
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Depuis 2004, un million de personnes auraient quitté l’Erythrée, un cinquième de la population! En grande majorité, elles fuient le joug militaire. Cette dictature se manifeste en particulier à travers le service militaire, système institutionnalisé d’atteinte aux droits humains.
Le Conseil des Etats en a-t-il conscience, lui qui s’apprête, demain, à refuser la dé-sertion comme motif d’accueil dans le cadre de la révision de la loi sur l’asile? A-t-il entendu les témoignages sur les conditions de vie à l’armée, les tortures subies par des conscrits et le sort réservé aux déserteurs?
Mais ces considérations humanitaires pèsent peu. Car la logique est inversée. «Trop» d’Erythréens obtiennent l’asile, dit-on à Berne, depuis que la justice a imposé d’accepter leur désertion comme motif. Qu’importe le devoir de protection, Christoph Blocher, quand il dirigeait la Justice et la Police, a décidé d’endiguer cette brèche.
La socialiste Simonetta Sommaruga n’a pas enterré la disposition, mais jure qu’elle ne concernera pas les Erythréens en raison de la Convention sur les réfugiés.
La question est controversée et il est à craindre que l’administration cherche à rentabiliser au mieux cet outil pour fermer le robinet. Sinon, pourquoi une mesure qui ne servirait à rien? Pour «rassurer» les citoyens, à qui l’on fait croire que la Suisse n’aurait pas les moyens de faire face à l’afflux de requérants.
Les peurs auxquelles on prétend répondre sont si bien attisées que la mesure pourrait être instaurée d’urgence, sans attendre le délai référendaire. L’urgence d’endiguer le «flot» d’Erythréens par une mesure inefficace vaudrait un recul démocratique?
La clause d’urgence est demandée pour d’autres tours de vis attendus demain. Les sénateurs voteront la fin du dépôt des demandes d’asile aux ambassades. Quant à la création de centres spéciaux pour requérants récalcitrants, il ne s’est trouvé aucun sénateur de gauche, en commission, pour s’y opposer!
En revanche, le Conseil des Etats devrait refuser d’étendre l’aide d’urgence à tous les requérants. L’idée de les dissuader en les mettant au pain sec et à l’eau a-t-elle seulement fait un tour de chauffe? Elle a en tous cas mis la barre de l’avilissement si haut que les autres durcissements passeront comme une lettre à la poste.





