Mercredi, 19 juin 2013

Vuilleumier: «Faites mieux que moi!»

LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012

LAUSANNE • L’unique élu popiste de l’exécutif remet la police entre les mains de ses collègues. Les critiques de ses alliés verts et roses ont été plus fortes que lui. Il juge que le discours sécuritaire de sa majorité «a changé».
 

L’annonce a surpris, hier dans «Le Matin Dimanche»: Marc Vuilleumier ne veut plus s’occuper de la police. Il ne démissionne pas, souhaite conserver les autres domaines de son dicastère (sports, police du commerce, contrôle des habitants et pompiers) et en gérer d’autres. Entre satisfaction du travail accompli et critiques contre ses alliés, il explique sa décision. Rencontre avec l’élu popiste au stade de Coubertin, à Vidy. Il sort d’une heure de marche au «Lausanne Walking».

Quelles sont les raisons de votre décision?
Marc Vuilleumier: Je suis en charge de la police depuis 6 ans. Le test grandeur nature, c’est les élections. On me qualifiait de maillon faible, mais la grande surprise, c’est que j’étais élu deuxième, à 50 voix derrière Oscar Tosato (PS). Les gens étaient satisfaits du travail fait. Ce score m’aurait permis de prendre une autre direction. Je n’ai pas voulu le faire, par fidélité et loyauté aux policiers, pour qui j’ai beaucoup de respect. Je suis assez fier de ce que j’ai fait: l’augmentation des effectifs, le statut des policiers, la réorganisation du corps de police, la police coordonnée avec le canton et la démarche éthique et déontologique.

Alors?
La situation sécuritaire s’est dégradée dans toute la Suisse. Les critiques sont normales de la part de la droite. Mais le discours sécuritaire des partis de la majorité de gauche change aussi. Certains de mes collègues disent pouvoir faire mieux que moi. J’en prends acte et je leur demande de prendre la direction de ce service très difficile qu’est la police.

De qui parlez-vous?
Je ne donne pas de noms. Il y en a un ou deux, vert ou socialiste… en tout cas un.

Daniel Brélaz explique ce dimanche à la radio: «Apparemment, les déclarations que j’ai faites au nom de la municipalité (éradication des dealers en 2013 ou 2014, ndlr) lui ont donné l’impression – à tort – que c’était un désaveu pour lui.» Avez-vous réellement ressenti ça comme un désaveu?
Un collègue fait ce genre de déclarations sans en référer avant au collège municipal. Il y a eu aussi des prises de contacts qui relèvent de l’activisme et pas d’une politique concertée. Il y a de meilleures solutions que tout cela: le Conseil cantonal de sécurité (coordination canton-communes, ndlr) a justement pour but premier de faire baisser la criminalité, notamment sur les stupéfiants et les cambriolages. Pour y arriver, ce qui compte, c’est une meilleure collaboration avec la justice et le Service de la population. Il faut peut-être plus de sévérité de la justice.

Parlez-vous de contacts pris dans votre dos?
Le Conseil cantonal de sécurité programme des contacts transversaux. En parallèle, il y a effectivement eu des contacts entre le Conseil d’Etat et la ville, mais qui doivent retourner devant le Conseil cantonal de sécurité.

Sur le sujet des nuits lausannoises, la municipalité annoncera fin septembre son plan de mesures. Y a-t-il eu des divergences qui expliqueraient votre décision?
Sur le fond, non. Une fois de plus, le discours sécuritaire a changé. J’ai donc quand même une pression plus forte. Je souhaite à mes collègues de faire mieux!

La politique de sécurité à Lausanne s’est-elle écartée du programme de la majorité rose-rouge-verte?
Oui, un petit peu. La vidéosurveillance illustre très bien ce changement de discours. Le règlement que nous avons fait passer a été critiqué par la droite et une partie de la gauche. Si ce règlement devait être refait aujourd’hui, il serait beaucoup plus invasif. Plus de gens seraient d’accord de filmer l’espace public en permanence.

Parleriez-vous d’une trahison de l’électorat?
Non. Mais dans une situation effectivement difficile, on a besoin que les partenaires politiques travaillent ensemble.

Aux yeux de certains, vous passez pour celui qui recule devant une difficulté, ne garde que les choses qui marchent bien dans son dicastère, quelqu’un qui ne cherche que le confort…
Quand j’ai continué à m’occuper du corps de police, je crois que j’ai plutôt fait preuve de courage. Aujourd’hui, ce qui dicte ma conduite, c’est de demander à ceux qui pensent faire mieux, de montrer qu’ils feront mieux.

Quels domaines souhaitez-vous reprendre sous votre direction?
Mon métier d’origine, c’est le social. Des responsabilités dans ce domaine me conviendraient bien. Mais beaucoup de choses m’intéressent, même des choses que je ne connais pas ­encore. I

 
Le Courrier
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