Samedi, 25 mai 2013

Vers un retour des sections au collège

LUNDI 10 SEPTEMBRE 2012

GENEVE • Le PLR Jean Romain veut en finir avec la «matu à la carte». Il propose le dépôt d’une motion
en ce sens, afin d’appuyer Charles Beer, qui a promis une réforme.
 

Le député PLR Jean Romain veut mettre fin à «l’optionnite» au collège. Il proposera ce lundi soir à son parti, réuni en caucus, le dépôt au Grand Conseil genevois d’une motion demandant, en substance, de rétablir le système des sections, en restreignant les possibilités d’options. En 1998, le système des disciplines optionnelles a remplacé celui des filières pour répondre à une ordonnance fédérale. Mais, selon le politicien, Genève est allé trop loin en permettant une maturité «à la carte».
Le chef de l’Instruction publique (DIP) Charles Beer est sur la même longueur d’onde. Cette rentrée, le conseiller d’Etat socialiste a répété qu’il envisageait une réforme de la maturité, une réflexion qui a cours depuis plus d’un an déjà. Il la promet pour 2014, dans la droite logique de celle du Cycle qui a vu le rétablissement des sections. Le conseiller d’Etat a notamment promis des profils renforcés, qui débuteront avec une option spécifique dès la première année.
Jean Romain entend limiter le nombre de combinaisons d’options possibles. «Il faudrait les fédérer en fonction d’une colonne vertébrale, car le cursus doit avoir une logique. On pourrait imaginer quatre ou cinq types de maturité avec un jeu subtil d’options. Si un jeune se destine ensuite à étudier l’économie, il est essentiel qu’il choisisse l’anglais au collège.» Pour Jean Romain, la maturité genevoise a perdu en cohérence et en lisibilité. Aux yeux des hautes écoles, elle aurait moins de valeur. Limiter le nombre de parcours facilitera aussi l’élaboration des horaires, ajoute le professeur de philosophie au collège, en pointant le «casse-tête» actuel.

Des centaines de profils
«Genève se distingue en offrant un nombre de profils trop important, mais pas assez solides. Des centaines sont possibles!», abonde Charles Beer. Il ne faut pas s’attendre à un projet de loi du Conseil d’Etat, précise M. Beer, mais à un toilettage du règlement sur la maturité.
L’Union du corps enseignant secondaire genevois (USCESG) s’en réjouit: «Quand la nouvelle maturité avait été introduite, le DIP n’avait pas tenu compte de notre scepticisme, rappelle Marzia Fiastri. Le ‘menu à la carte’, cela va pour les élèves qui ont de la facilité...» Sur pression de l’UCESG, des ajustements ont déjà été opérés depuis 1998. Par exemple, choisir la physique en option spécifique implique de suivre les maths en niveau avancé.
Mme Fiastri estime aussi que «le système est inégalitaire, puisqu’il permet aux élèves de passer chacun une maturité différente, pour certains très ‘light’ et pour d’autres de choisir le maximum». Dernier point, l’individualisation des parcours a fait disparaître les classes, regrette Mme Fiastri. «Or la solidarité de la classe aide à homogénéiser et à construire une formation.» Le DIP a promis un renforcement du «groupe-classe».

Le plaisir d’apprendre
«Les possibilités d’options et la marge de manœuvre actuelles sont faibles», conteste l’enseignant et syndicaliste Dario Lopreno. «Prétendre qu’un large choix ne permet pas d’approfondir les connaissances est absurde. Le collège n’a pas pour fonction de maîtriser parfaitement les disciplines, mais enseigne des méthodes de travail. Le bagage généraliste permet ensuite de s’adapter à l’université. La meilleure voie pour la formation, c’est le plaisir d’apprendre.» Le professeur d’italien au collège regrette «la standardisation de la formation, qui correspond aux nécessités utilitaristes des patrons et de la société. Jusqu’à 18 ans, il faut laisser un maximum de possibilités de tâtonnement.»
Or ce qui se profile dans cette réforme, prévient Dario Lopreno, c’est un durcissement des normes de passage entre le Cycle et le collège, comme cela s’est déjà fait entre le primaire et le Cycle. Selon des observations de la Direction générale du post-obligatoire, dont nous avons eu connaissance, «beaucoup trop d’élèves (mille deux cents par année environ) ont un parcours incertain dû, essentiellement, à une mauvaise orientation dès la sortie du Cycle. Or, ces parcours longs et sinueux alourdissent le temps des études et coûtent finalement cher à la collectivité.»
Dario Lopreno dénonce la perspective d’un collège encore plus élitiste: «On réoriente par l’échec au lieu de donner davantage de moyens pour que les élèves réussissent.»  I

 
Le Courrier
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