«Un dialogue aux effets phénoménaux»
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GENÈVE • Réunis au COE, les Eglises et le Groupe sida célèbrent le Jeûne genevois ensemble. Dénominateur commun: la maladie et les communautés issues de la migration. La démarche de «banalisation» est en route.
Non content de n’être pas fédéral, le Jeûne genevois se fait international depuis 2010, multiculturel et festif, alliant tarte au pruneau, injera et falafels. Jeudi, la journée intitulée «Viens comme tu es! Osons en parler!» réunissait experts et public au Conseil œcuménique des Eglises (COE), autour de la sensibilisation des Eglises à l’accueil des malades, porteurs de handicaps et du sida en particulier. Parmi les représentants de paroisses suisses et internationales, figurait un invité peu coutumier des raouts œcuméniques: le Groupe sida Genève.
Des communautés sûres
«Nous n’avons jamais eu d’échanges avec autant de communautés à la fois», constate Oumar Niang, sociologue et chargé de projet au Groupe sida Genève, tout réjoui. Et pour cause: il se consacre à la prévention dans le milieu de la migration. «Dans mon bureau, je vois arriver beaucoup de gens qui ont besoin de ce corps spirituel qu’est l’Eglise. Mais le silence qui entoure cette maladie augmente leur difficulté à s’y intégrer.» La communauté est aussi le lieu où créer des liens avec des compatriotes: «Intégrés, il arrive aussi qu’ils ne s’y dévoilent pas.» Exemple de ce décalage programmé: «Ils prient pour les autres, mais personne ne prie pour eux.» C’est par le biais de son travail avec les communautés étrangères – qui concerne à 90% des Africains – qu’Oumar Niang rencontre le mouvement Témoigner ensemble à Genève, réunissant quelque 60 Eglises «ethniques», qui l’invite à préparer le Jeûne 2012.
«Cette ouverture exceptionnelle à Genève est plus difficile dans les autres cantons romands», note le sociologue. S’il rencontre des responsables soucieux d’être à la hauteur du défi, il se réjouit aussi des liens tissés avec les communautés au cours de la préparation. «Nous voulons banaliser les relations et pas seulement avec les pasteurs. Alors qu’en Afrique les Eglises participent très activement à la prévention contre le sida – peut-être en jonglant avec d’autres prises de position morales –, en Europe il reste un seuil à franchir», note Oumar Niang. Responsable jusqu’à tout récemment du programme Santé et guérison du COE où il a travaillé treize ans, le Dr Manoj Kurian a constaté lui aussi l’impact de cette «banalisation»: un programme spécifique mis en place en 2002 pour l’Afrique a travaillé à la mise en réseau des personnes atteintes: «Des effets phénoménaux ont eu lieu lorsque les leaders religieux se sont simplement mis à parler avec des malades du sida.»
Pour le spécialiste en médecine sociale et gestion de la santé, l’accueil ne peut être adéquat que si «la communauté est sûre», si l’anonymat et le respect y sont manifestés. Oumar Niang ajoute la réciprocité soit la capacité à recevoir de l’autre, par exemple sous forme d’expertise – ce qui distinguera l’empathie de la pitié. «Mais ne brûlons pas les étapes. L’accueil est primordial. Tous les possibles partent de là.»
Mais pour certains croyants, la maladie et en particulier le sida, est identifiée à une vie «impure», relevait l’une des oratrices invitées. Et certains discours sur l’homosexualité creusent des tranchées. «La maladie n’empêche pas d’être croyant», répond simplement Oumar Niang, qui ne se frappe pas de la catégorisation «pur et impur»: «Elle fait partie du langage biblique. Et derrière la formulation, on identifie bien la stigmatisation dont font l’objet les personnes atteintes du sida, et leur isolement social.» I





