Jeudi, 23 mai 2013

«Une césarienne peut causer un vrai traumatisme chez la mère»

SAMEDI 08 SEPTEMBRE 2012

SANTÉ • Thérapeute lausannoise, Julia Litzen appelle à un meilleur suivi des ex-parturientes ainsi qu’à la promotion des méthodes de récupération.

L’accouchement par césarienne est de plus en plus fréquent, au point que, dans le canton de Vaud, trois naissances sur dix sont pratiquées de cette manière. Si l’intervention est courante, les suites d’une césarienne n’en restent pas moins potentiellement douloureuses. Et dans ce cas, les ex-parturientes se retrouvent souvent démunies, constate Julia Litzen, thérapeute spécialisée en «techniques de massage actif». Interview.

Vous dénoncez l’absence de prise en charge communautaire des femmes ayant subi une césarienne. Qu’est-ce qui vous a amenée à ce constat?
Julia Litzen: J’ai moi-même mis mes jumeaux au monde par césarienne. Dans les premiers temps après l’accouchement, j’avais des douleurs, des tiraillements autour de la cicatrice. On m’assurait alors que c’était normal. Or, après quatre mois, la douleur ne cessait pas; au contraire, elle empirait. Puis j’ai commencé à avoir d’atroces douleurs au bas du dos, alors que je n’en avais jamais eu. J’ai aussi développé des symptômes moins graves mais néanmoins désagréables, comme une insensibilité autour de la cicatrice. J’en ai parlé à mon ostéopathe, puis au gynécologue, mais à aucun moment on a su m’expliquer ce que je pouvais faire pour y remédier, par exemple des exercices de remise en forme. C’est là que j’ai lancé un sondage sur internet.

Qu’en est-il ressorti?
En un mois et demi, 200 réponses me sont parvenues et j’ai pu constater qu’une majorité de femmes avaient connu des symptômes similaires, parfois pendant un, deux voire même cinq ans. Certaines avaient développé de véritables traumatismes liés à l’accouchement; d’autres souffraient d’anémie. Tout cela se sait dans le monde médical, mais on ne parle jamais des conséquences de la césarienne sur les femmes, et encore moins des solutions pour les surmonter.

Ces conséquences peuvent-elles aussi être d’ordre psychologique?
Tout à fait. Les «baby blues» sont beaucoup plus fréquents au terme d’une césarienne que d’un accouchement classique. Beaucoup de femmes pensent qu’en n’ayant pas pu accoucher par voie basse, elle ne peuvent pas devenir de bonnes mères ou des femmes accomplies. Si ce malaise n’est la plupart du temps pas exprimé, il est fortement ressenti.
Dans les cas de césarienne, pratiquées en urgence, les bébés sont souvent séparés de leur mère juste après l’accouchement et pendant plusieurs heures. Certaines mamans vivent très mal le fait de ne pas voir leur enfant, au point de penser qu’elles ne vont pas pouvoir établir un lien fort avec
lui. Ce genre d’événements se cristallisent et prennent beaucoup de temps à être digérés. Les peurs peuvent aussi refaire surface lors d’un deuxième accouchement.

Le recours aux césariennes dites de confort, de plus en plus pratiquées, est-il problématique selon vous?
Le terme même me dérange, car il sous-entend que ce sont les femmes qui choisissent d’accoucher par cette voie. Sauf que dans la majorité des cas, les césariennes de confort sont pratiquées sur décision médicale. C’est notamment vrai lorsque le bébé se présente en siège. Les obstétriciens ne veulent en effet plus accoucher par le siège, depuis qu’une étude mondiale remontant à une quinzaine d’années a conclu que la césarienne était plus sûre. Depuis lors, tout bébé se présentant par le siège est automatiquement accouché par césarienne, à mois que la mère le refuse expressément. Le corps médical n’ose plus proposer d’accoucher par le siège, par peur de poursuites judiciaires en cas de complications. Le problème est qu’aujourd’hui la plupart des sages-femmes ne connaît plus cette technique, parce qu’il n’y a plus de gynécologue qui l’enseigne.

Quelles solutions préconisez-vous? La Suisse pourrait-elle s’inspirer de modèles existants?
Il me semble prioritaire de donner une meilleure information sur les conséquences possibles de l’accouchement, mais aussi sur les possibilités de récupération post-césarienne. Aujourd’hui, le manque d’information est criant: la moitié des femmes qui ont participé à mon sondage affirmaient n’avoir jamais été renseignées. Ce travail de sensibilisation pourrait notamment être effectué dans les hôpitaux. Parallèlement, il serait utile de développer une offre de cours spécifique pour les femmes ayant connu une césarienne. Au Canada et aux Etats-Unis, on propose par exemple des cours de yoga et de pilates, une méthode qui permet, à travers des exercices assez simples, de renforcer la musculature du ventre et du dos. D’autres approches sont possibles, comme l’osthéopathie, qui permet de travailler à l’interne (remise en place de l’utérus, des ligaments, etc.). Pour ma part, j’enseigne des techniques de massage que les femmes peuvent ensuite pratiquer elles-mêmes. I
 

 

> Julia Litzen organise une soirée de présentation de la récupération post-césarienne, le 11 septembre à Genève et le 12 septembre à Lausanne. Renseignements: www.centre-praticiens-sante-lausanne.blogspot.ch

Vous devez être loggé pour poster des commentaires