Lundi, 20 mai 2013

Le syndicalisme par-delà les frontières prend forme

SAMEDI 08 SEPTEMBRE 2012

«Face à la xénophobie rampante et à la stratégie du patronat visant à mettre les travailleurs en concurrence pour niveler les conditions de travail par le bas, l’action collective et solidaire est la meilleure solution pour renforcer la cohésion sociale transfrontalière.» C’est l’avis de Michel Charrat, président du Groupement transfrontalier européen (GTE), association qui, depuis sa création en 1963 dans le bassin genevois, l’un des principaux réservoirs de frontaliers, entretient des relations étroites avec les syndicats suisses.

Le GTE a pris rapidement de l’ampleur. Il s’étend aujourd’hui de Saint-Gingolph (VS) à Bâle, compte 35 000 adhérents, une trentaine de salariés et une centaine de bénévoles actifs dans l’association. «Nous avons plus d’adhérents que certains partis politiques», se réjouit son président, qui précise que le GTE tient à son statut d’association: «Les syndicats français ne s’intéressent pas à la question des frontaliers et ne sont de surcroît pas armés pour défendre cette catégorie de la population.» Il faut dire qu’avant leur explosion dans les années 1980, il s’agissait d’un phénomène marginal à l’échelle de la France.

Constatant que les intérêts du GTE coïncidaient chaque jour davantage avec ceux des syndicats suisses, il a signé un accord de partenariat avec Unia Genève en 2011, puis avec Unia Vaud, Valais, Fribourg, Neuchâtel, Transjurane (Jura et Jura bernois) et Nord-Ouest (Bâle) au printemps 2012. Objectif? Consolider la collaboration en matière de politique syndicale entre les deux organisations, amplifier le conseil en matière de droit du travail et des assurances sociales aux travailleurs transfrontaliers (permanences juridiques d’Unia en France voisine) et promouvoir l’affiliation des travailleurs transfrontaliers auprès des deux organisations. Il s’agit aussi de donner plus de poids aux travailleurs frontaliers dans la défense de la politique des droits sociaux. En Franche-Comté, le GTE possède des bureaux aux Rousses (département du Jura), à Pontarlier, Morteau et Seloncourt (département du Doubs).

Parmi les grands dossiers en cours au sein du GTE, où la collaboration avec les syndicats suisses joue un rôle clé, on peut citer le travail de lobbying en Suisse pour que celle-ci rétrocède les cotisations chômage des frontaliers qu’elle ne rembourse plus à la France depuis 2009, accords bilatéraux obligent. Ce quand bien même la France indemnise ses ressortissants frontaliers au chômage. «Cela pose un problème de cohésion sociale transfrontalière. Je suis un combattant, je ferai tout pour que le gouvernement suisse entre en négociation avec le gouvernement français», martèle Michel Charrat, connu loin à la ronde pour sa détermination.

Dans l’Arc jurassien, où la majorité des frontaliers travaillent dans l’horlogerie, la situation est moins problématique que dans d’autres régions. «Comme il y a une CCT, c’est le secteur où il y a le moins de problèmes», relève Michel Charrat. Il reconnaît cependant que le dumping salarial constitue un souci majeur chez les sous-traitants, tout comme le travail temporaire, en nette augmentation. D’où la nécessité de se battre par-delà les frontières avec les syndicats suisses. Mais Michel Charrat relativise: «Actuellement, avec le franc fort, les frontaliers sont certes gagnants, mais cela n’a pas toujours été ainsi. Ils ont même plus souvent pâti du taux de change qu’ils n’en ont profité.» Selon lui, le «véritable dumping salarial a lieu sur le territoire suisse, avec les indépendants qui, par manque de contrôle, posent un problème, notamment au niveau de la déclaration de leurs revenus».

La plupart des travailleurs – frontaliers ou non – dans l’horlogerie sont formés par les entreprises elles-mêmes. Une autre partie sort d’une école, à l’instar du Lycée Edgar Faure à Morteau. Alors que dans le domaine de la santé le fait que la Suisse emploie des infirmières et des médecins formés à l’étranger pose problème, il en va tout autrement dans l’horlogerie. Non seulement les grandes marques horlogères se font plutôt rares du côté français (on y trouve principalement des sous-traitants), mais les entreprises suisses participent au financement de l’école d’horlogerie de Morteau. Du coup, en Franche-Comté, personne ne se plaint de la perte de main-d’œuvre locale qualifiée.

Quant à la perception des frontaliers en France, souvent perçus comme des «nantis» même si tous ne roulent pas sur l’or, elle a évolué positivement ces dernières années avec la libre circulation. «Dans certaines régions, il y a plus d’un frontalier par famille. Même les patrons français, qui rechignaient à embaucher d’anciens frontaliers, se montrent plus ouverts», conclut Michel Charrat.

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