Mercredi, 19 juin 2013

Avancée inédite vers la paix en colombie

VENDREDI 07 SEPTEMBRE 2012

A quelques heures d’intervalle, le président colombien Juan Manuel Santos et le chef des Forces armées révolutionnaires (FARC) ont confirmé, mardi, leur volonté de mettre fin au conflit par des négociations. Dans cette guerre vieille d’un demi-siècle, l’accord-cadre passé par Bogota et la guérilla constitue une progression inédite vers la paix.
L’effet de surprise tient à l’avancée des pourparlers. Depuis quelque temps, des rumeurs faisaient état de déplacements du président colombien à La Havane. Mais mardi 4 septembre, M. Santos a pris tout le monde de court, annonçant l’inimaginable: la première phase des dialogues est déjà conclue avec la signature d’un accord-cadre en cinq points, et la deuxième phase des négociations commence à Oslo dès le 5 octobre, pour se poursuivre ultérieurement à Cuba. La durée du processus est annoncée en mois et non en années.
Le président Santos souligne tout ce qui est inédit: «Ceci est différent car l’accord-cadre a pour but de mettre fin au conflit. Il contient les conditions jugées nécessaires par le gouvernement pour commencer un processus [de paix] avec des garanties suffisantes bien qu’il soit évident que le succès ne peut pas être tenu pour acquis. C’est pour cela que l’un des points est justement ‘la fin du conflit’, c’est-à-dire ce qui a lieu quand cessent définitivement des actions militaires.»
Son discours à peine fini, les médias relaient la conférence de presse de la délégation des FARC à La Havane: les guérilleros arborent des vêtements blancs, signe de leur volonté de paix, et présentent le message vidéo de leur commandant. Inédit: dans le ton et le discours, celui-ci prend en compte le ras-le-bol des Colombiens vis-à-vis de la guerre, parle de droits humains, et affirme fortement sa confiance dans le sérieux du président Santos.
Autre innovation par les deux parties: un dispositif international libre de l’opposition gauche-droite qui associe le Venezuela, Cuba, le Chili et la Norvège comme facilitateurs et observateurs, tout en assurant la prééminence de la région.
Cet accord-cadre a été rendu possible parce que, pour la première fois, la guérilla ne pose plus comme condition préalable que l’Etat démantèle les groupes paramilitaires. Ceux-ci, sous couvert de «démobilisations» souvent fictives durant les mandats d’Alvaro Uribe (2002-2010), ont gangrené des secteurs entiers de la classe politique, de l’administration, des forces de sécurité et des services de renseignements, et sont plus que jamais liés au trafic de drogue. Ils contrôlent aussi d’immenses territoires pourtant destinés aux restitutions de terres mises en place par M. Santos – le pilier de sa politique sociale et économique. En fait, le pouvoir de déstabilisation paramilitaire est plus dangereux que jamais, et se nourrit des efforts constants de l’ex-président Uribe pour discréditer son successeur.
Aujourd’hui, on assiste donc probablement à une recomposition historique des forces qui s’affrontent en Colombie, dans un cadre où gouvernement et guérilla ont besoin l’un de l’autre pour mieux isoler et combat-tre ces puissants réseaux paramilitaires et mafieux qui menacent la cohésion de l’Etat et du pays. Cette guerre-là passe d’abord par une paix crédible et solide avec la guérilla. La vraie paix, elle, est encore loin.

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