Un réseau de boutiques emploie des apprentis en les sous-payant
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SOCIAL • L’entreprise Krief ne respecte pas les termes de la convention collective de travail du commerce de détail. Unia demande l’intervention de l’Etat et les Prud’hommes ont été saisis.
Des salaires au-dessous de la convention collective de travail (CCT), une absence d’encadrement au travail et le non-respect des jours de congé pour les apprentis. C’est ce qu’ont dénoncé le syndicat Unia et deux ex-apprenantes, mercredi, devant une des boutiques de chaussures tenue par AK Distribution Sàrl, entreprise de la famille Krief.
Le syndicat, demande à l’Etat d’intervenir. Une démarche juridique a d’ores et déjà été engagée auprès du Tribunal des prud’hommes concernant la sous-enchère salariale et le licenciement jugé abusif d’une ex-employée.
Dans le détail, les trente-sept apprentis travaillant dans diverses boutiques de chaussures, vêtements et bagagerie de l’entreprise familiale ont jusqu’à 200 francs de moins par mois que les montants stipulés dans la CCT. Ce qui peut expliquer pourquoi les employés se portent «volontaires» pour aller travailler pendant leurs jours de repos pour 120 francs.
En fait d’apprentis, les jeunes engagés dans les commerces sont très sollicités. «Je gérais le stock, la marchandise et la caisse. J’ai même dû former un responsable alors que j’étais un première année!», raconte Valbone, apprentie de 2007 à 2010 dans un des magasins. Elle dénonce aussi un manque d’encadrement dans la formation offerte.
Employés «volontaires» les jours de congé
Allen Krief, membre de la direction d’AK Distribution Sàrl, reconnaît que les salaires versés aux apprentis des diverses boutiques sont inférieurs à ceux de la CCT. «Je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’aller dans le sens propre de la loi. La première année est payée comme elle le devrait, la deuxième est inférieure de cent francs par mois et la troisième de deux cents francs par mois. L’un dans l’autre, l’écart est compensé. Nous versons aussi des bonus à nos apprentis.» A la question de savoir combien d’entre eux touchent un bonus équivalent à leur manque à gagner salarial, Allen Krief dit ne pas tenir de statistiques précises à ce sujet.
Il reconnaît également que certains de ses employés viennent «volontairement» travailler pendant leurs congés afin d’augmenter leurs gains. Toutefois, il nie que l’encadrement des apprentis ne soit pas suffisant.
L’entreprise compte actuellement trente-sept apprentis pour une vingtaine de boutiques. Unia estime que la société n’aurait plus le doit d’engager de nouveaux apprenants, ce que Allen Krief dément. Selon lui, l’Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue (OFPC) est certes intervenue lorsque le nombre de magasins est passé de «trois ou quatre à vingt en très peu de temps». Cette année, seuls quatre apprentis ont été engagés et certains contrats refusés par l’OFPC parce que plusieurs commerces en accueillaient déjà un maximum, toujours selon Allen Krief.
Qui pour veiller au respect de la CCT?
Grégoire Evéquoz, le directeur de l’OFPC – cosignataire du contrat de tous les apprentis du canton –, affirme qu’il ne peut toutefois pas intervenir sur les salaires. «En général, nous attirons l’attention de l’employeur sur les montants édictés dans la CCT, mais nous ne pouvons pas refuser un contrat uniquement sur la base du salaire.»
Qui alors peut vérifier l’application, ou non, de la CCT? Pas l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail (OCIRT). Selon Bruno Giovanola, son directeur général, il n’est pas de la compétence de cette dernière de veiller au respect de la CCT, mais de celle de la commission paritaire formée des parties signataires, à savoir les syndicats et les employeurs... I





