Turquoise, couleur de génocide
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EXPO BD • A la Maison du Dessin de Presse de Morges, une exposition revient sur le génocide interethnique du Rwanda à travers une bande dessinée.
Si la couleur rappelle l’océan, le seul lien entre celui-ci et le Turquoise de Frédéric Debomy (scénario) et Olivier Bramanti (dessin) serait sans doute son caractère tumultueux et trouble. Le titre fait référence à l’opération de l’armée française au Rwanda en 1994, à la suite du génocide des Tutsis et aux troubles qui ont suivi. Un engagement qui soulève aujourd’hui encore plusieurs questions.
Comment raconter l’histoire d’un génocide? Dans Turquoise, le choix de la bande dessinée apporte une certaine distance face à l’horreur du sujet. Les cases, véritables peintures orchestrées par Olivier Bramanti, demeurent muettes. Sous elles, quelques lignes viennent raconter le récit d’une jeune Tutsi échappant au massacre dans son village. Mais à cette histoire romancée se mêle progressivement celle, bien réelle, diffusée par les médias. Le ton change alors. La «caméra» du récit quitte progressivement le destin de cette Tutsi pour suivre les réfugiés et l’intervention des soldats français. «On voulait opérer un glissement qui passerait de la réalité du génocide à sa représentation dans les médias de l’époque, explique Frédéric Debomy. Une fois coulé dans le récit, on emmène le lecteur vers ce qu’on veut lui montrer.»
La Maison du Dessin de Presse de Morges a choisi d’exposer ces images qui interpellent. L’atmosphère du livre y est recréée en six parties – intitulées «portraits», «massacres» ou encore «exode» –, chacune composée des peintures et dessins préparatoires d’Olivier Bramanti.
Malgré le sujet douloureux, le ton garde la même distance – voulue – que le livre. Seul un feuillet distribué au visiteur présente les enjeux et les questions qui, dans Turquoise, apparaissent au fil des pages: pourquoi la France est-elle intervenue si tardivement? Quel lien avec la progression armée du Front patriotique face au gouvernement officiel, allié de la France? Et pourquoi les médias se sont-ils plus intéressés au choléra dans les camps (30 000 victimes) qu’au génocide lui-même (plusieurs centaines de milliers de morts)? Des questions ouvertes. «C’est un sujet récent et encore sensible, commente le scénariste. L’histoire du génocide rwandais demeure en cours d’écriture.»
L’exposition est à voir du 6 au 23 septembre. Une rencontre aura lieu avec les auteurs, jeudi 6 septembre à 18h sur place et le 8 septembre à 14h30 dans le cadre du «Livre sur les quais» de Morges avec séance de dédicaces.
Turquoise, Ed. Les Cahiers dessinés, 2012, 96 pp.
«Turquoise: l’histoire d’un génocide», du 6 au 23 septembre à la Maison du Dessin de Presse, 39 rue Louis de Savoie, Morges. www.maisondudessindepresse.ch





