Mercredi, 22 mai 2013

A La Bâtie, les images flirtent avec les sons

MARDI 04 SEPTEMBRE 2012
Radiomentale © Eric Pajot

MUSIQUE / GENEVE

La Bâtie abat ses rythmes. Vendredi, après la projection au Grütli de Shut up and play the hits, ultime concert filmé du groupe défunt LCD Soundsystem, son leader James Murphy a fait valser les platines à la Maison communale de Plainpalais. Le lieu central du festival, habillé par les visuels du collectif Supermafia, s’est empli comme une œuf, même si le public s’est disséminé (notamment sur la terrasse) et «a eu de la peine à bouger les fesses», dixit Luz qui mixait aussi.
Le dessinateur de Charlie Hebdo, dévoreur de décibels devant l’Eternel, commentait le lendemain en fin d’après-midi, pour une petite dizaine de curieux, l’expo de ses carnets de croquis, posters et strips. A voir entre le premier étage de la Maison communale et la Bibliothèque de la Cité. En jean et chemise de soie, barbiche et frange tombant sur ses larges lunettes d’écaille, Luz a ironisé sur sa nature de «dessinateur excentrique», «rocker mâle typique» exposé tardivement à la musique dansante, en particulier à LCD Soundsystem qui lui a donné envie de se trémousser et de pousser le vice jusqu’à faire  le DJ. Sympathique, même si un peu chiche, l’expo en vitrines se double d’une projection de dessins, de pochettes de vinyle sérigraphiées et t-shirts, entre autres artefacts rock’n’roll.

L’une des obsessions de cette Bâtie est à chercher dans les qualités immersives et «cinématographiques» de la musique. RadioMentale, duo français composé de Jean-Yves Leloup et Eric Pajot, en a fait la démonstration par deux fois. Issus de la culture techno, les deux DJ sont passés maîtres dans l’art de mixer en direct sur des films. Leur ciné-concert, samedi, a eu le mérite de faire converger au Théâtre Pitoëff jeunes parents de la génération électro et leurs enfants. Deux courts de Charley Bowers et Buster Keaton ont vu leur charge burlesque amplifiée par le mélange de jazz, musique de film et électro cubiste choisis pour illustrer ces péripéties muettes. Une réussite.
Plus savante mais non moins originale, la réunion de RadioMentale dimanche, sur la scène du Studio Ansermet, avec l’Orchestre de Chambre de Genève. Retransmis en direct sur Espace 2, ce «voyage entre sons et images», après une intro ambient des Français un brin anecdotique, a permis de (re)découvrir trois œuvres contemporaines étasuniennes de toute beauté. Notamment Different Trains de Steve Reich (1988) pour quatuor à cordes et bandes enregistrées – enchaînement soutenu de motifs répétitifs aux subtiles variations, rythmiquement exigeant. Plus encore, Black Angels de George Crumb (1970), transfiguré par un quatuor tendu et inspiré, sollicité vocalement et dont les archets ont frôlé y compris gong et verres d’eau; les projections oniriques d’Olivier Weber contribuant à la fulgurance de l’ensemble. Les aventures audio et visuelles de La Bâtie se poursuivent jusqu’au 15 sepembre. Entrez dans la danse!

 
Le Courrier
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