Jeudi, 20 juin 2013

Desireless repart en voyage

MARDI 04 SEPTEMBRE 2012
Desireless s’est fondue dans l’univers gothique et synthétique d’un jeune Lyonnais, Antoine Aureche. BENOÎT EON

ELECTRO-POP • L’icône française des années 1980 revient ce mercredi à l’Usine de Genève dans un cadre underground atypique. Entretien.

Une coupe en brosse, des airs de jeune homme insolent et un refrain entêtant, «Voyage, voyage»... En 1986, Desireless – de son vrai nom Claudie Fritsch-Mentrop – est numéro un des hit-parades français puis internationaux, avec un morceau emblématique de la décennie. Il y est question de pays lointains et de quête existentielle, sur fond de synthétiseurs aux mélodies sucrées.
Vingt-cinq ans plus tard, après avoir exploré différents univers musicaux, la chanteuse est de retour sur scène: à 59 ans, le voyage est toujours d’actualité, l’aventurière explorant cette fois les musiques sombres et électroniques avec un premier EP disponible en téléchargement libre sur internet, intitulé L’Œuf du dragon. A ses côtés officie le bricoleur de sons Antoine Aureche, connu sur la scène franco-romande pour ses projets Operation Of The Sun et TAT, entre pop synthétique et «dark folk». Les deux artistes feront leur première grande scène ensemble ce mercredi à l’Usine de Genève, dans le cadre d’une soirée «new wave».

Look androgyne
Comment la rencontre a-t-elle eu lieu entre un jeune homme fondu de sonorités souterraines et une diva pop des années 1980? «Mêler le côté noir et mystérieux de la scène gothique à des ambiances plus légères m’attire depuis longtemps, explique Antoine Aureche. Avec mon bassiste, nous nous sommes dit qu’il fallait inviter une icône rétro-futuriste à participer à un album d’Operation Of The Sun. Desireless s’est imposée comme une évidence: elle a un côté sombre qui colle parfaitement.»
L’univers de la scène «dark» parle-t-il à une artiste qui a fait de l’androgynie sa marque de fabrique visuelle? La chanteuse se soucie peu des catégories: «Je n’aime pas les boîtes hermétiquement fermées. Quand quelqu’un me propose un projet intéressant et que le contact est bon, cela me suffit», répond l’intéressée. De fait, elle est à l’aise dans les atmosphères troubles d’Antoine Aureche, qui font la part belle aux mélodies naïves bousculées par des rythmiques enragées.

Un moment de partage
Avec les titres «Sertao» ou «Uchronia», le duo joue dans un registre proche de groupes comme VNV Nation et Covenant, mettant en avant nappes de synthétiseurs et pulsations technoïdes. La chanteuse y assure la moitié des parties vocales dans un registre grave et éthéré. Ses textes traitent notamment des cyber-hacktivistes d’Anonymous, un mouvement qui touche les deux artistes. L’imagerie choisie met en scène les deux acolytes dans des expressions mystiques, le regard habité et lointain. «Nous avons travaillé ensemble sur les visuels, autour des thèmes tels que la lumière, l’eau, le dragon, le blanc des indignés, le monde de demain... Le signe astrologique chinois de Claudie, le Dragon d’Eau, représente l’aura que l’on souhaitait conférer à cette identité visuelle, glacée, puissante et lumineuse», commente Antoine Aureche.
La quête de sens et la spiritualité occupent une place centrale dans le travail de Desireless: «La spiritualité, c’est la recherche de soi. Une fois qu’on se trouve un peu, il faut essayer de le partager avec les autres. Ce n’est pas un hasard si j’ai chanté 'Voyage, voyage': il s’agit d’un voyage à l’intérieur de soi, puis d’un voyage vers l’extérieur, à la découverte de l’autre.» Un voyage dont elle est personnellement satisfaite: «Ça m’amuse de regarder mon parcours. J’étais styliste lorsque des amis m’ont proposé de chanter dans un groupe. J’ai réalisé que cela me plaisait énormément. J’ai arrêté la mode et commencé à jouer avec différents musiciens.» La sortie de 'Voyage, voyage' a marqué un tournant: «C’était une expérience particulière, un moment de vrai partage, après une période d’introspection à travailler en coulisse.»

Hors du «showbiz»
Peu intéressée par la logique du show-business, la musicienne a pris la tangente à la fin des années 1980: «L’authenticité est très importante pour moi. On commençait à tout me dicter, mes tenues, ce que je devais dire ou chanter. Alors j’ai continué mon chemin. J’ai sorti par la suite plusieurs albums, des choses très différentes, pour la plupart inconnues du grand public.» Et quel sera le programme ce mercredi à l’Usine? «Antoine et moi allons jouer nos morceaux communs, et je vais bien sûr chanter ‘Voyage, voyage’. J’aime toujours ce morceau, il apporte de la joie aux gens... Mais comme je le dis souvent, on est en 2012, il y a d’autres choses à faire et à découvrir!»
Comment les deux acolytes voient-ils la suite de leur aventure? «Nous sommes attentifs aux réactions du public. Dans l’immédiat, nous cherchons à nous produire en France et à l’étranger.» Demain soir à l’Usine, cette veille de Jeûne genevois pour laquelle il est recommandé de se parer aux couleurs des extravagantes années 1980, promet d’être riche en émotions.

 

«New Wave Party» avec Desireless & Operation Of The Sun, DJs Dada et GalaG, me 5 septembre dès 23h au Kab de l’Usine, 4 pl. des Volontaires, Genève. Rens: www.lekab.ch

 
Le Courrier
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