Les travailleuses du sexe créent leur syndicat
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PROSTITUTION • Plus de 150 professionnelles sont attendues à la première assemblée qui se tient la semaine prochaine aux Pâquis.
Première du genre en Suisse, les travailleuses du sexe se dotent d’un syndicat. Le nouveau STTS (Syndicat des travailleuses et travailleurs du sexe) est né ces jours sous l’impulsion d’un groupe de prostituées du quartier des Pâquis, à Genève. L’organisation devrait réunir plus de 150 professionnelles la semaine prochaine pour sa première assemblée générale. Elle entend défendre la légitimité et les intérêts des travailleuses du sexe en Suisse romande et à Genève en particulier, notamment dans le cadre de la révision de la loi sur la prostitution. Objectifs: lutter contre les loyers usuriers, la concurrence déloyale et l’insécurité.
Il a suffi d’un été pour concrétiser le rêve d’Angelina, qui pratique le sexe tarifé depuis plusieurs années à Genève (notre édition du 21 mars 2012). Emportée par la fièvre du militantisme il y a un an lorsque l’UDC a soumis un projet de loi visant à interdire la prostitution aux alentours des écoles, cette Colombienne a rejoint l’association Aspasie puis lancé sérieusement l’idée en juin.
«Cela fait longtemps que nous souhaitons devenir un interlocuteur officiel aux yeux des politiques et de la justice», explique-t-elle. Si Aspasie défend déjà les prostituées depuis 1982, ses prérogatives s’arrêtent au domaine de la santé et de la discrimination. Or, depuis quelques années, les professionnelles genevoises estiment leurs conditions de travail dégradées. La faute à une concurrence jugée déloyale: des travailleuses européennes au bénéfice d’un visa de trois mois «cassent les prix», quand d’autres pratiquent avec un permis de femme de ménage, voire clandestinement, s’évitant ainsi de s’acquitter des impôts et des cotisations AVS – depuis 2010, les travailleuses du sexe doivent s’enregistrer auprès de la Brigade des mœurs. Le STTS pourra, en tant que syndicat, dénoncer ces irrégularités à l’Office cantonal du travail.
Chambre à 3000.- par mois
L’usure des loyers est également à la base de la mobilisation. Pour exercer, «certaines filles payent jusqu’à 3000 francs par mois pour une pièce, ou 150 francs par jour pour une cuisine aménagée en chambre, des fois à plusieurs», déplore Angelina. Certaines d’entre elles assument un autre loyer à côté. Ces transactions se font sous le manteau, malgré l’obligation de fournir des reçus de payement.
Face aux propriétaires, les prostituées n’ont donc aucun moyen de protester, ou risquent de se faire jeter à la rue. Pour Michel Félix de Vidas, porte-parole d’Aspasie, seul l’appui des politiques permettra aux prostituées de serrer la vis aux bailleurs dans la loi. «Logiquement, il faudrait instaurer l’obligation de contracter un bail», ajoute le militant. Comme lui, Angelina estime qu’un certain nombre de propriétaires malhonnêtes se sont ainsi fait des fortunes dans le quartier des Pâquis.
A titre individuel, peu de professionnelles osent saisir la justice de peur de perdre leur local. Certaines ont essayé, sans succès. «En tant que syndicat garantissant l’anonymat, nous pourrons entreprendre des actions plus importantes», se réjouit la professionnelle.
Le STTS souhaite profiter de la révision de la loi sur la prostitution pour amener ces thèmes sur la table. Lorsque cette nouvelle législation est entrée en vigueur en 2010, 40% des travailleuses auraient perdu leur appartement à cause de l’obligation de solliciter l’accord du propriétaire pour exercer. Celles-ci ont dû se mettre à travailler dans des salons. Un milieu plus difficile que la rue. Depuis mars 2011, cette exigence cantonale a été invalidée par le Tribunal fédéral, mais la loi continue d’être inadaptée aux réelles conditions de travail, estime Angelina.
L’enfer des salons
Légalement, les prostituées sont des travailleuses indépendantes. Dans les salons, en revanche, la situation est très ambiguë. Les patrons et patronnes sont les macs d’aujourd’hui: «On vous cherche des clients et vous payez la chambre. Dans quelques endroits, on vous impose des prestations que vous n’aimez pas ou des pratiques dangereuses sans préservatif. Les horaires sont souvent non négociables et des pourcentages sont ponctionnés au pro rata des clients. Nous exigeons d’éclaircir cette ambivalence.» A Genève, on estime qu'entre 800 et 900 personnes sont actives dans la prostitution, dont les trois quarts pratiquent en salon. La part des hommes se monterait à 5%.
L’absence de relations contractuelles dans le milieu était d’ailleurs une des difficultés pressenties à l’intégration du secteur dans un syndicat de la place. Indépendant, le STTS, qu’on appelle déjà dans le quartier «la TT», demande une cotisation annuelle de 100 francs. L’inscription est anonyme et ouverte à toute la Romandie. I





